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ERNESTO GUEVARA DE LA SERNAChe Guevara | ||||||||||||||||||||||||||||||||
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|Du guérillero au Ministre | Le Ministre et Tatú | Ramón et Fernando | De la légende au mythe | Argentine | Granma | Cuba | Bolivie| | |||||||||||||||||||||||||||||||||
D'Ernestino, Teté, au CheErnesto Rafael Guevara de la SernaDe crise en crise, Ernestino dépérit. Perdu pour perdu, ses parents décident de le mettre en liberté, on ouvre la porte de sa cage. Le futur Che, jusque-là confiné dans l'air de sa chambre, découvre l'extérieur, la nature. Rapidement, le gamin malingre, jusqu'alors seulement réfugié dans les livres, devient un garçon endurant, au physique solide, qui gambade dans la nature et peut enfin partager les jeux des petits indiens des environs. Ernestito grandit dans un environnement joyeux et aisé. Comme tous les enfants de son âge, il joue aux cow-boys et aux indiens ou, époque oblige, aux franquistes et aux républicains. Déjà, Ernesto est un vrai casse-cou et se conduit en véritable chef de bande. Comme pour conjurer le destin, le jeune garçon va pratiquer l'exercice physique intense. Outre la natation, la pelote basque et l'athlétisme, Ernesto aime le tennis et le golf. Quand il ne fait pas de sport, il joue aux échecs, exercice intellectuel qu'il prisera toute sa vie. C'est un adolescent non-conformiste, élevé dans un milieu ouvert. Il s'intéresse à tout mais n'est pas véritablement politisé. Il décide de jouer au rugby et demande à Alberto Granado, frère de son camarade de collège Tomas, de lui en enseigner les rudiments. Une nouvelle qui catastrophe littéralement ses parents, il faudra désormais l'accompagner aux matchs avec de la Ventlotine à portée de main en cas de crise d'asthme. A 15 ans, esprit sain dans un corps sain, il rétorque à l'ami Alberto tout juste sorti d'un séjour en prison après avoir participé à une manifestation d'étudiants : Descendre dans la rue pour me faire tabasser. Moi, si on ne me donne pas un flingue, je ne marche pas. Sportif accompli, il n'en demeure pas moins ce qu'il a toujours été : un passionné de lecture. Ses intérêts vont de Freud à Kipling, de Baudelaire à Shakespeare de Garcia Lorca à Sophocle. D'une sensibilité à fleur de peau, il écrit très jeune des poèmes et gardera toujours le goût de la poésie et de l'écriture. Ernesto décide de devenir médecin. Réformé à cause de son asthme, il s'engage comme infirmier sur un tanker, il met un point d'honneur à gagner sa vie. L'université le déçoit, il cherchait une vocation, on lui parle de carrière. L'université qu'il préfère est la rue ou les champs où travaillent les paysans. Alberto Granado lui propose de le rejoindre, pendant ses vacances, à la léproserie où il travaille. Ernesto bricole un moteur sur son vélo et part rejoindre son ami. Au retour, il parcourt plusieurs milliers de kilomètres à travers l'Argentine profonde. Rétrospectivement, un premier voyage qui sonne comme un prélude. C'est son deuxième voyage, un an plus tard, avec son ami Alberto Granado, qui provoque chez lui une véritable prise de conscience sociale. Le périple des deux jeunes garçons, partis sur une moto pour remonter la cordillère des Andes, est une véritable aventure qui lui fait découvrir les réalités du continent sud-américain. Ernesto est frappé par l'exploitation des mineurs chiliens, par le racisme que subissent les Indiens du Pérou, par la violence policière en Colombie et par les inégalités à Caracas. Il revient persuadé qu'il fera la Révolution et surtout impatient de repartir en voyage. Guevara obtient son diplôme de médecin, et reprend la route. Il remonte le continent, pour rejoindre Alberto, resté travailler au Venezuela. Finalement c'est au Guatemala qu'il s'arrête. Il règne à Guatemala Ciudad un climat de liberté exceptionnel et le régime de centre gauche du président Jacobo Arbenz accueille de nombreux réfugiés latino-américains. Au Guatemala, Ernesto Guevara poursuit son éducation politique à travers l'amitié qu'il lie avec l'économiste et exilée péruvienne d'origine indienne, Hilda Gadea Ontalia, ancien membre du Parti apriste, APRA, Alianza Popular Revolucionaria Americana. Ernesto Guevara se met en contact avec le Parti guatémaltèque du Travail et officie comme médecin dans les syndicats. Il participe activement à la défense du gouvernement démocratique et révolutionnaire de Jacobo Arbenz. Les échanges intellectuels entre Ernesto et Hilda sont intenses. Ils lisent beaucoup, discutent de leurs lectures et rêvent de partir pour la Chine. Il se lie d'amitié également avec un groupe de cubains, qui le 26 juillet 1953 prirent part à l'assaut de la caserne Moncada. Parmi eux se trouve Nico López, qui baptisera Ernesto du surnom de Che. En septembre 1954, ils vivent en direct le coup d'Etat de Castillo Armas, téléguidés par les Américains dont les intérêts au Guatemala sont menacés par la réforme agraire d'Arbenz. En tant qu'argentin et en raison de sa position en faveur du gouvernement Arbenz, Ernesto Guevara ne peut rester plus longtemps au Guatemala. Après avoir demandé asile auprès de l'Ambassade d'Argentine, Ernesto décide de se rendre à Mexico. Il a du mal à trouver du travail. Guevara gagne un peu d'argent en photographiant les gens dans les jardins publics et en donnant quelques consultations à l'hôpital. Un mois plus tard il est rejoint par Hilda Gadea et Nico López. Ils rêvent toujours de parcourir le monde, l'Europe, l'Asie. En Afrique, le processus de décolonisation s'amorce tranquillement au tournant des années 50 et 60. Toutefois, les anciennes métropoles européennes tentent d'y instaurer des gouvernements avec qui bon leur semblent. En 1955, depuis leur indépendance, de nombreux pays d'Amérique Latine voient défiler au sein de leur gouvernement, des hommes politiques cautionnés par les Etats-Unis. Cuba est un élément stratégique au pouvoir des Etats-Unis ainsi que le royaume de la corruption américaine par excellence. On y retrouve alcool, jeux et casinos, prostitution. Le peuple lui, tente de subsister dans des structures sociales quasi inexistantes. En visite chez María Antonia Gonzales, une cubaine résidant à Mexico, qui collabore efficacement avec les révolutionnaires exilés, au 49 de la rue José Amparán, Ernesto fait la connaissance de Fidel Castro. Ernesto converse une dizaine d'heures avec Fidel, ils échangent leurs opinions. Celui-ci cherche un médecin pour le groupe de révolutionnaires qu'il envisage de débarquer à Cuba pour renverser le dictateur Batista. Il lui explique les raisons de sa lutte. Guevara est fasciné par la forte personnalité de Fidel. Celui-ci est séduit par l'intelligence du jeune argentin. Sceptique au départ, Ernesto accepte de participer à l'expédition, comme médecin. Le Che fait dès lors partie du groupe. Juin 1928 - Juillet 19551928 : jeudi 14 juin, le bateau doit faire une halte dans le port de Rosario, province de Santa Fe, Argentine. Ernesto Rafael Guevara de la Serna vient au monde, un mois avant terme, dans la maternité de l'Hôpital Centenario. Ernestito, comme l'appellera toujours sa maman, Teté pour toute la famille, est le fils aîné d'une famille de la petite-bourgeoise argentine, plus ou moins aisée selon les diverses entreprises d'un papa débordant d'idées variées. 1929 : à la fin de l'année, la famille s'installe rue Alem, quartier de San Isidro, Buenos Aires. 31 décembre, naissance de Celia, la première soeur d'Ernesto. 1930 : 2 mai, sa mère le baigne dans les eaux froides d'un rio et il contracte une pneumonie. La crise d'asthme qui se déclenche sur cet épisode conditionnera sa vie et celle de son entourage. 1931 : la famille déménage rue Bustamente y Peña, un faubourg élégant, de la capitale argentine. 1932 : naissance de Roberto Guevara de la Serna. 1933 : un des premiers mots de Teté est piqûre. Son père écrit dans son livre de souvenirs : Cela me brisait le coeur lorsque j'entendais Ernesto prononcer les premiers mots qu'il balbutiait : papito, une piqûre ! Sur les conseils d'un médecin, la famille Guevara s'installe à Alta Gracia, près de Córdoba au pied de la cordillère des Andes, à 700 kilomètres de Buenos Aires. Le climat plus sec de cette région est favorable à Ernesto, et ils décident donc de louer une maison de deux étages, la Villa Chiquita, à Villa Carlos Pellegrini. C'est là que va naître Ana María Guevara de la Serna. Les problèmes de santé de Ernesto conduisent sa mère Celia à se charger de son éducation primaire. 1937 : Ernesto père forme un Comité de soutien à la République espagnole. Ernestito lui, transforme la maison familiale en casa del pueblo, maison du peuple. Il n'a que neuf ans, mais l'inégalité sociale le bouleverse et le hérisse. Les conditions de vie de ses compagnons de jeux sont plus que misérables. Les familles indiennes s'entassent à dix dans une seule pièce et les enfants glissent du papier journal sous leurres maigres hardes pour se prémunir du froid. 1942 : mars, il commence ses études secondaires au Collège National Déan Funes, Córdoba, à environ 45 kilomètres d'Alta Gracia. 1943 : Ernesto fait connaissance avec les frères Granado et Ferrer, avec lesquels il se liera d'amitié. Mai, naissance de Juan Martín Guevara de la Serna. Eté, les Guevara déménagent une fois encore pour habiter la rue Chile à Córdoba. Pour conjurer sa maladie, Ernestino joue au football, au tennis, au golf, à la pelote basque et se passionne pour le rugby. Il développe un goût compulsif pour la lecture. Il connaît déjà Jung, Adler, Marx, Engels, Lenin, il épuise la poésie française, dévore London, Kipling, Dumas, Stevenson. 1945 : il rédige un traité de philosophie inspiré de Voltaire et entame le journal qui ne le quittera plus. 1946 : la famille déménage à Buenos Aires pour aller vivre dans un appartement de la grand-mère paternelle. Quand la grand-mère, Ana Isabel, tombe gravement malade, Ernesto la veille durant 17 jours, et à sa mort, il annonce qu'il étudiera la médecine au lieu des études d'ingénieur qu'il avait envisagé. Guevara père participe à la lutte contre l'installation d'ex-nazis en Argentine. 1947 : Ernesto est jugé inapte pour le service militaire en raison de son asthme. Ses parents, plus particulièrement sa mère, sont des militants anti-péronistes. Il commence ses études de médecine et montre peu d'intérêt pour la politique et les mouvements de protestations des étudiants. A la fin de l'année, il fait connaissance avec Berta Gilda Infante, connue sous le nom de Tita. Elle est membre de la Jeunesse Communiste Argentine. Ils deviennent vites bons amis et Ernesto lit avec elle des textes marxistes, ils discutent de la réalité politique de l'époque. 1950 : à l'occasion des vacances universitaires, il décide de rejoindre son ami Alberto Granado. Alberto, son aîné de 6 ans, a passé son diplôme de docteur en médecine et travaille à San Francisco de Chanar, Nord de l'Argentine, dans une léproserie. Ernesto monte un petit moteur sur son vélo pour parcourir les 850 km qui le séparent de son ami. Il n'emporte avec lui qu'un pneu de rechange passé en bandoulière, quelques vêtements et un livre de Nehru. 5 mai, El Gràfico publie la photo d'Ernesto ; encart publicitaire pour Cucciolo, la marque du moteur. Octobre, il décide de faire son premier voyage à la fin de ses vacances studieuses à la léproserie. Ernesto revient à Buenos Aires par les petits chemins et parcourt près de 4'500 kilomètres sur les routes d'Argentine. Il est le spectateur attentif des problèmes sociaux des pauvres et cite dans ses notes José Marti : Je veux unir mon destin à celui des pauvres du monde. 1951 : son vieil ami Alberto, biochimiste et radical politique, lui suggère de prendre une année sabbatique afin de concrétiser le voyage dont ils parlent depuis longtemps. Les deux amis se sont longtemps interrogés sur leur destination. Ils ont d'abord pensé à la vieille Europe, dont la culture les fascines. Les grandes civilisations précolombiennes attirent aussi Ernesto comme la source et le fondement de sa propre culture. Ils s'embarquent pour un projet des plus ambitieux : sept mois et près de 10'000 Km en Amérique latine, à travers l'Argentine, le Chili, la Bolivie, le Pérou, la Colombie, le Venezuela. Ce voyage initiatique, à travers le cône sud-américain, a lieu dans les années de transition où s'éteignent les révolutions, dites traditionnelles, commencées en 1819, et où vont s'allumer celles initiées par Fidel Castro. En Amérique du Nord, les beatniks traversent aussi le pays, quelque chose est sur le point de changer. Ernesto publiera son journal, Notas de viaje, dans lequel il aura consigné ses observations sur les Indiens, les paysans et les ouvriers opprimés. 29 décembre, Alberto Granado et Ernesto Guevara quittent Buenos Aires sur la Poderosa II, la Vigoureuse, une vieille moto Norton 500cc on ne peu moins maniable. Les parents ont du mal à cacher leur inquiétude. Ernesto a dû promettre de ne jamais oublier sa Ventoline et de revenir finir son doctorat. Ils se dirigent vers le sud, la pampa. 1952 : janvier, ils traversent les hauteurs enneigées de la cordillère des Andes en direction du Chili, pour remonter vers le nord en suivant la côte du Pacifique. 17 février, le journal local d'une petite ville rapporte que : Deux intrépides motocyclistes argentins sont de passage à Valdivia. 19 février, Temuco : Deux experts argentins de la lèpre traversent l'Amérique latine à motocyclette. A Valparafso, Ernesto écrit dans son journal : Nous allons à la recherche des quartiers les plus pauvres de la ville. Nous bavardons avec les nombreux mendiants. Notre nez respire attentivement la misère. La vieille moto a rendu l’âme. Ils doivent travailler, petits boulots ou assistant médecin. Le périple se poursuit à pied, en auto ou en camion-stop. 7 mars, Ernesto rencontre une femme âgée, malade, qui vient d'être licenciée. Dans de tels cas, un médecin, conscient de son infériorité totale vis-à-vis de l'environnement, va imposer un changement. Quelque chose qui va abolir une telle injustice. C'est ici que l'on apprend à comprendre la tragédie du prolétariat du monde entier. Ces yeux moribonds essaient servilement de s'excuser et souvent il y a aussi cette demande désespérée de consolation qui se perd à la hâte. Jusqu'à quand cet ordre des choses, basé sur un absurde sentiment de classe, continuera-t-il à exister ? 12 mars, Baquedano, ils sont à pied lorsqu’ils font la rencontre qui restera gravée en lettres de feu dans la mémoire du plus jeune des deux, Ernesto Guevara de la Serna. Un couple d’Indiens dans la plus âpre misère, devant l’impossibilité de trouver un emploi chez eux d’autant plus qu’ils sont communistes, se dirige vers la mine de Chuquimata. Le mari compte se faire embaucher dans la grande exploitation de cuivre du trust Anaconda où on ne pose pas trop de questions aux damnés du fond de la mine. Après avoir fait un bout de chemin ensemble, le soir tombé, ils se sont assis par terre, alors que souffle un vent glacial. Dans son langage simple, un mineur nous a parlé de ses trois mois de prison, de sa femme affamée qui l'a suivi fidèlement, de ses enfants qui ont été recueillis par des voisins, de ses démarches infructueuses en quête de travail de ses copains qui avaient disparu de façon mystérieuse, et dont on raconte qu'ils ont été largués en mer. Blottis l’un contre l’autre, le couple tremblait de froid dans la nuit du désert, représentation vivante du prolétariat dans n’importe quelle partie du monde, ils n’avaient même pas une couverture pour se couvrir. Alberto et moi, on leur a donné l’une des nôtres et nous nous sommes débrouillés comme nous avons pu avec l’autre. Il ajoute que, lors de cette nuit, l’une des plus froides de sa vie, il s’est senti un peu plus frère de cette espèce humaine qui pour lui était encore étrangère. Ce n’est pas encore la découverte de la fraternité de combat, mais c’est déjà le respect pour la farouche dignité et le courage de vivre dans l’adversité de ses nouveaux, bien qu’éphémères, compagnons de route. 13 mars, ils visitent les mines de Chuquicamata et peuvent faire une analyse de l'exploitation des mineurs par les entreprises nord-américaines. Ils peuvent constater la brutalité du contremaître et des cerbères chargés de l’embauche. Comme dans un marché d’esclaves, ils font monter au pas de course les Indiens choisis dans le tas de prolétaires faméliques, dont les ancêtres avaient été les maîtres du pays, dans un camion. Alberto et Ernesto sont repérés et sommés de quitter les lieux avant de se faire arrêter. Ernesto lance un caillou contre la portière du camion, sa première action de guérilla. L'effort le plus important doit être consacré à se débarrasser de l'emprise particulièrement déplaisante de l'ami yankee. Il s'agit certainement d'une tâche gigantesque, en raison de la grande quantité de dollars qui ont été investis ici et de la grande facilité avec laquelle ils peuvent exercer des pressions économiques lorsqu'ils savent que leurs intérêts sont menacés. 24 mars, Tacna, Pérou, après une discussion sur la pauvreté dans la région, il rappelle, une fois de plus, dans ses notes, les mots de José Marti : Je veux lier mon sort à celui des pauvres de ce monde. Ernesto et Alberto parcourent le Pérou, celui d’avant la conquête européenne, Cusco, Machu Picchu, mais aussi le pays fabriqué par le colonialisme et l’impérialisme, notamment la capitale Lima, avec ses immenses barriadas, bidonvilles. Partout, ils constatent que la grande majorité des victimes de l’oppression et de la misère étaient les descendants, aujourd’hui tout à fait démunis, des antiques civilisations foulées aux pieds par les conquérants européens. 1 mai, Lima, Ernesto Guevara rencontre le docteur marxiste Hugo Pesce, scientifique péruvien directeur du programme national contre la lèpre. Pendant plusieurs nuits, ils discutent jusqu'au petit matin. Des années plus tard, le Che déclarera que ces conversations avaient eu une grande influence sur son changement d'attitude à l'égard de la vie et de la société. La dernière étape importante se déroule dans la léproserie de San Pablo, au bord d’un fleuve de l’Amazonie péruvienne, à la frontière colombienne. Alberto est formé en biologie, mais Ernesto n’a pas encore achevé ses études. Ils se dévouent corps et âme aux soins de ces grands malades. 14 juin, toute la communauté, malades, médecins, infirmières, a tenu à fêter l'anniversaire d'Ernesto. Ayant bien mangé et bu beaucoup de pisco, eau de vie nationale du Pérou, Ernesto accepte de faire un petit discours, il déclare que, du Mexique jusqu’au détroit de Magellan, d’un bout à l’autre de l’Amérique latine, il n’y a qu’un seul peuple. Plus de quarante ans après, les Indiens lépreux se souviennent encore de ces deux êtres quasi surnaturels qui ne portaient pas de gants, leur serraient la main et jouaient au football avec eux. Silvio Lozano, aujourd'hui propriétaire d'un bar appelé Che, raconte : En 1952, j'étais un de ces nombreux lépreux condamnés à mourir à brève échéance. Il était assis à même le sol. J'étais tellement affaibli que la force me manquait pour lui tendre la main. Il la saisit, la tâta longuement et me dit : votre nerf est touché, il faut opérer. Je criai comme un dément lorsqu'on me glissa deux aiguilles dans la plaie, puis je cherchai son regard et je m'évanouis. Il m'a sauvé. Ce fut le début d'une ère nouvelle à la léproserie, les instruments chirurgicaux n'eurent plus le temps de rouiller. Reconnaissants, les lépreux construisent un radeau pour qu'Alberto et Ernesto puissent continuer leur voyage sur le fleuve Amazone. 2 juillet, Bogota : En ce qui concerne les droits de l'individu, ce pays en est au point le plus grave de tous les pays que nous avons visités. La police patrouille dans les rues, le fusil sur l'épaule et demande à tout bout de champ à voir votre passeport, bien que toute une série de policiers vous l'aient déjà demandé plus tôt. Il règne ici un climat tendu, comme si on s'attendait à ce qu'à court terme il y ait des troubles. 17 juillet, arrivée à Caracas. Ernesto décide de rentrer à Buenos Aires afin de terminer ses études de médecine, les deux compagnons se séparent. Ernesto voyage à bord d'un cargo de marchandises qui transite par Miami où des problèmes techniques l'immobilise près d'un mois. Il travaille comme serveur et plongeur dans un bar pour survivre. Régulièrement, la police l'arrête et l'interroge. Elle veut savoir s'il est communiste ou si son père est communiste ou si sa mère est communiste. 31 août : Ernesto est de retour à Buenos Aires pour terminer ses études de Médecine le plus rapidement possible afin de poursuivre son périple en Amérique du Sud. Les consciences sociales et politiques du jeune Guevara sont réveillées. Au travers de ses observations de la pauvreté et de l'impuissance des masses, il conclut que le seul remède aux inégalités sociales de l'Amérique latine est la révolution armée. Il considère l'Amérique latine non comme un ensemble de nations distinctes mais comme une entité économique et culturelle, la libération de cette dernière nécessitant une stratégie intercontinentale. 1953 : 12 Juin, Ernesto Guevara reçoit le titre de Docteur en Médecine et Chirurgie. Doté d'une mémoire infaillible, il n'obtient pas moins de dix certificats parmi lesquels ceux de médecine légale, d'allergologie, d'hygiène, d'orthopédie, de tuberculose, d'infirmités infectieuses, de neurologie. 7 juillet, il repart à l'assaut de l'Amérique. 11 juillet, arrivée à La Paz, en Bolivie. Avec son ami Carlos Ferrer, il voyage en Bolivie, à l'époque où sont mises en oeuvre d'importantes réformes sociales. 21 août, Ernesto Guevara arrive à Cuzco, Pérou. 26 septembre, il arrive en Equateur. Fin octobre : Panama, il est indigné par le comportement servile des dirigeants vis-à-vis des USA. Au Costa Rica, il apprend à connaître la domination de l'United Fruit, l'exploitation et la misère qui en découle. Dans une lettre à sa tante Beatriz, il écrit : A El Paso, j'ai traversé les vastes domaines de l'United Fruit. Une fois de plus, j'ai pu me convaincre à quel point ces pieuvres capitalistes sont criminelles. J'ai juré de ne m'accorder aucun répit tant que ces pieuvres capitalistes ne seront pas détruites. Il y fait la connaissance de deux cubains qui ont attaqué, le 26 juillet, la caserne Moncada. Il passe par le Nicaragua, le Honduras, le Salvador. Fin décembre, arrivée Guatemala où Jacobo Arbenz dirige un processus révolutionnaire pacifique. Il écrit à sa mère : Je pourrais devenir très riche en me consacrant à l'allergologie mais ce serait trahir de la manière la plus horrible ces deux moi que je porte, mon moi socialiste et mon moi voyageur. J'ai enfin atteint mon but. Je pense que je vais rester ici environ deux ans, si tout va bien. 1954 : son chemin croise à nouveau celui des jeunes exilés cubains de l'attaque de la caserne Moncada de Santiago de Cuba et de nombreux réfugiés latino-américains. C'est au Guatemala qu'Ernesto rencontre Hilda Gadea Acosta, une exilée péruvienne militante de l'APRA, engagée dans le programme démocratique et anti-impérialiste du président Jacobo Arbenz. Ce dernier a signé, en 1952, une loi de réforme agraire portant un coup sérieux aux latifundiaires et à l’oligarchie agraire, et surtout, à l’United Fruit, le redoutable trust yankee contrôlé par Sam Zemurray, politiquement très influent, qui ne tarde pas à passer à la contre-attaque. L'opération de déstabilisation du gouvernement social-démocrate est aidée par la presse et par une Eglise catholique réactionnaire. Ils vont l'emporter en mois d’un mois. Hilda et Ernesto vont s'engager à fond dans la résistance. Dans les brigades de la jeunesse de l’Alliance démocratique dirigée par les communistes, Ernesto participe, notamment, aux patrouilles nocturnes chargées de veiller au respect du couvre-feu. 14-16 juin, des avions nord-américains survolent le Guatemala et bombardent les installations militaires et les quartiers pauvres. 18 juin, l’ancien colonel Castillo Armas prend pied au Guatemala. 20 juin, dans une lettre à sa mère, Ernesto écrit : Ces attaques, au même titre que les mensonges de la presse internationale, ont réveillé les indifférents. Il règne ici un climat combatif. Je me suis présenté comme volontaire dans les services d'assistance médicale et je me suis inscrit au sein de la brigade des jeunes afin de recevoir une instruction militaire et de pouvoir aller là où le besoin s'en fait sentir. 26 Juin, la radio annonce le renversement du président Arbenz et l'exil de presque tous les dirigeants politiques et de leurs familles. Au Guatemala, il était indispensable de combattre, et presque personne ne l'a fait. Il fallait offrir une résistance et presque personne ne l'a fait non plus, dixit Ernesto. La répression se déclenche, les ambassades latino-américaines se remplissent de réfugiés politiques. Hilda est arrêtée et emprisonnée comme révolutionnaire. 27 juin, la dictature du colonel Carlos Castillo Armas est instaurée. Ernesto Guevara est désigné comme un dangereux communiste argentin et ne peut de ce fait rester au Guatemala. Réfugié dans l'ambassade de l'Argentine, il obtient un visa pour le Mexique. Fichée comme activiste, Hilda sera libérée puis arrêtée à nouveau avant de gagner le Mexique. 21 septembre, arrivée d'Ernesto à Mexico. J'ai pu m'enfuir au Mexique lorsque les agents du FBI étaient déjà occupés à arrêter tout le monde et à assassiner ceux qui représentaient un danger pour le gouvernement de l'United Fruit. Avec son nouvel ami Julio Caceres, Ernesto survit en photographiant les amoureux ou les mamans qui promènent leur progéniture dans les parcs. Il travaille à l'hôpital, bénévolement, tous les matins. L'agence de presse Latina l'engage comme photographe pour couvrir les jeux Panaméricains. Hilda va le rejoindre dans le mois. 1955 : janvier, il est engagé comme médecin dans l'Hospital Central de la ville. Juin, il fait la connaissance de Raul Castro en exil au Mexique, ils sympathisent et deviennent amis. 8 juillet, Fidel Castro arrive dans la capitale mexicaine, accueilli par Raúl et quelques camarades. 9 Juillet, au n° 49 de la rue Emparan, chez la Cubaine Maria Antonia Sanchez, Ernesto Guevara est présenté à Fidel Castro, admirateur du poète indépendantiste cubain José Martí, leader du M-26-7. Le courant passe entre les deux hommes et à l'issue d'une nuit blanche de discussion, Fidel décide d'intégrer Ernesto à sa petite troupe en tant que médecin. Ernesto y assorti une condition : Reprendre ma liberté de révolutionnaire après le triomphe de la révolution. Si triomphe il y a. Ernesto Guevara est, maintenant, Ernesto el Che Guevara. Ché est une exclamation, traduisible par tiens, employée par les Argentins qui en ponctuent leurs phrases. Par extension, cette interjection est employée en Amérique centrale et à Cuba pour désigner les Argentins. Les années passant, elle ne désignera plus que le seul Che Guevara. De cette première rencontre avec Fidelio, le Che déclarera : J'ai appris à le connaître au cours d'une de ces nuits fraîches de Mexico et je me souviens que notre première discussion tournait autour de la politique internationale. Quelques heures plus tard, au cours de cette même nuit, le matin approchait, j'étais un des futurs participants à l'expédition du Granma. Fidel Castro dira : Il connaissait beaucoup de choses sur le marxisme-léninisme, il était autodidacte, très désireux d'apprendre, et c'était un convaincu. Lorsque nous avons rencontré le Che pour la première fois, c'était déjà un révolutionnaire formé. | |||||||||||||||||||||||||||||||||
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