|
|
Vacances à Cuba
A Cuba, on les appelle les internationalistes. Ce sont les volontaires qui ont combattu sur les fronts de la guérilla en Afrique et en Amérique latine. Parti clandestinement de La Havane, malgré les réticences de Fidel Castro qui s'inquiétait de son " impatience ", Che Guevara rejoignit le Congo, où il commanda, du 24 avril au 21 novembre 1965, plus de cent vingt militaires cubains, tous noirs, engagés aux côtés des forces antigouvernementales. Installés sur les rives du lac Tanganyika, ils devaient constituer le noyau d'une force de libération capable de renverser le pouvoir " colonialiste " de Moïse Tshombe, installé à Kinshasa
On prend connaissance des déceptions du combattant de la Sierra Maestra, idéaliste convaincu, de ses observations amères sur les conflits ethniques et les superstitions des combattants africains, de ses erreurs tactiques, mais également de ses relations personnelles avec Fidel Castro.
Laurent- Désiré Kabila - qui prendra le pouvoir, trente ans plus tard, par la force, en République démocratique du Congo. D'abord impressionné par le personnage, le Che s'aperçoit au fil des semaines que ce dernier repousse sans raison des rendez-vous importants, s'adonne à la boisson et aux femmes, manifeste une évidente mauvaise volonté à son égard. Il estime finalement que l'homme n'est pas crédible.
Il s'inspira largement des théories et analyses marxistes pour mettre en place à Cuba une économie socialiste, et contribua à rapprocher l'île du bloc soviétique par la signature d'accords économiques. Il fut confronté à de nombreuses difficultés dans ses tâches, l'économie cubaine étant souvent archaïque et décousue donc peu encline à une rationalisation des moyens de production. En outre, Guevara fit une de ses priorités de lutter contre la bureaucratie naissante. Mais rapidement, il en vint à s'opposer à la politique du régime castriste, et fut marginalisé.
En 1965, Guevara quitta Cuba afin de propager la révolution, soutenu par des volontaires cubains. Il se rendit d'abord au Congo où il rencontra Laurent-Désiré Kabila) et avec qui il organisa le maquis d'Hewa Bora. Cette expérience africaine ne sera pas concluante. Rentré à Cuba, il repartit pour la Bolivie où il tenta de constituer une guérilla.
Géographie
Les trois guerres du Che
La Sierra Maestra, Cuba Le Che a participé à trois guerres : une guerre victorieuse, celle de la Sierra Maestra, deux autres désastreuses, au Congo et en Bolivie.
A partir de l’expérience cubaine, le Che écrit en 1961 un ouvrage théorique, « La guerre de guérilla », qui inspirera toute une génération de révolutionnaires sud-américains. Le principal enseignement qu’il tire de ce conflit est que « les forces populaires peuvent gagner une guerre contre une armée » et qu’« il ne faut pas toujours attendre que toutes les conditions soient réunies pour faire la révolution : le noyau insurrectionnel peut les créer ». Il estime toutefois que plusieurs éléments sont essentiels à la réussite de la guérilla : avoir une « connaissance parfaite du terrain. Connaître la population de la région, avoir son appui total pour le ravitaillement, le transport, l’hébergement ». «L’organisation militaire repose sur un chef », « le guérilléro doit être de préference un habitant de la région » et « il faut recourir à la guerre de guérilla quand on a l’appui de la population. »
Dans le cas de Cuba, ces conditions sont réunies : Castro a lancé sa guérilla dans un pays relativement politisé. Au-delà de la conquête des paysans de la région, il a toujours bénéficié d’un large appui urbain. Dans les villes, des organisations structurées fournissent une importante aide logistique et des hommes. La révolution cubaine a chanté la gloire de la guérilla des montagnes. Une célébration qui a sans doute jeté de l'ombre sur le rôle essentiel des villes dans la victoire.
Quand le Che abandonne ses fonctions officielles à Cuba en 1965, il est pressé de repartir au combat. Son rêve est de libérer l’Amérique Latine. Mais les conditions ne sont pas réunies. Depuis quelque temps déjà, il veut étendre la lutte anti-impérialiste au monde entier, créer d’autres « Vietnam ». Castro a prévu d’envoyer des soldats appuyer et former les rebelles congolais, en guerre contre le gouvernement de Tschombé installé par les mercenaires belges. Le Che a voyagé trois mois en Afrique et rencontré les leaders congolais Soumaliot et Kabila à Dar-es-Salaam. Il demande tout naturellement à Castro de diriger le détachement cubain et part, clandestinement, avec un premier petit groupe en avril 1965.
Le Che pense que le Congo est le terrain le plus favorable pour développer une guerre qui devra par la suite gagner tout le continent africain. Il part pourtant sans connaître les conditions sur le terrain. Il n’a rencontré que brièvement les leaders congolais et a bien pressenti les problèmes qui l’attendent. Mais il est pressé. Sur place, la situation est plus difficile que prévu : il n'y a pas de commandement unifié, les chefs ne sont jamais là et passent leur vie à l’étranger. Les soldats, peu motivés, ne veulent pas se battre. Le manque de discipline et d’organisation est général. Le Che est frustré : il n’arrive pas à obtenir des leaders congolais l’autorisation de se battre. Pendant des semaines, il attend Kabila. Quand celui-ci arrive, il refuse toujours de l’envoyer au front et disparaît brusquement, au bout de cinq jours. En octobre, la contre-offensive des mercenaires menace les rebelles. Les soldats cubains se demandent ce qu’ils font là. Début novembre, aux problèmes matériels et militaires s’ajoute un problème politique. Après un débat à l’OUA, le président tanzanien Julius Nyerere demande aux Cubains de se retirer. Le Che veut rester et Castro lui laisse le choix de sa décision. Mais ses soldats n’en peuvent plus. Il retraverse le lac Tanganyika et abandonne le Congo.
Quand il sort de ce bourbier, le Che est acculé à la clandestinité : pendant qu’il était au Congo, Castro a rendu publique la lettre qu’il lui avait laissée, dans laquelle il prend congé du peuple cubain et renonce à sa nationalité cubaine. Guevara ne veut pas revenir à Cuba. Il passe quelques mois à Dar-es-Salaam, puis à Prague, totalement incognito. Pendant ces semaines de repos forcé, il conçoit le projet d’une guérilla en Bolivie. Avantage de la Bolivie : elle est située au centre de l’Amérique du Sud et frontalière avec l’Argentine. Elle servirait de base arrière à d’autres guérillas. Contrairement au Congo, la Bolivie n’est pas un projet de Castro mais du Che. Castro accepte de lui fournir une vingtaine d’hommes, des meilleurs, le Che repasse trois mois par Cuba, et reprend l’avion en octobre 1966 : cette fois encore, il est pressé.
--------------
Guevara, qui s’inspirait du plus rigide des modèles soviétiques, croyait aveuglément à la centralisation, à la planification, à la destruction de toute forme de propriété, grande ou petite. Il croyait aussi que, du haut du pouvoir ; il était possible de détruire le capitalisme et construire le socialisme. Castro et Guevara ordonnent l’étatisation de 80 % de la richesse cubaine : terres, mines, commerces, usines, transports, banques, industries. Le premier symptôme de crise surgit dans l’agriculture lors de l’assemblée de production de 1961, quand fut décrété le rationnementdes produits nationaux et étrangers.
_______________
Guevara rêvait d’une industrialisation rapide de Cuba, en oubliant ses petites dimensions, sa faible population, son manque de sources d’énergie, de capitaux. Et, surtout, que le plus urgent était de conserver, et non de détruire l’industrie existante, en activité depuis plus d’un siècle. Celle du sucre, par exemple, avec ses cent cinquante usines, son réseau de transport, de magasinage, de transformation et de fabrication de produits dérivés, était de type capitaliste, comme les industries du textile, du tabac, des alcools, du cuir et de l’alimentation. Le pays, avec tous ses problèmes structuraux de monoculture, de latifundium, de marché unique, avait une économie qui permettait à 7 0 % de la population d’avoir un niveau de vie de type occidental, et aux 3 0 % qui restaient un niveau de pauvreté typique du tiers monde.
Cuba produisait des cuirs tannés et des chaussures de bonne qualité. Guevara nationalisa les grandes usines et les petits ateliers ; supprima les échoppes de cordonniers qui existaient partout et envoya la majorité des ouvriers de la chaussure aux champs. Très rapidement, il n’y eut plus ni cordonnier ni chaussures, et il en allait de même avec les boulangeries, les tissus, les dentifrices, les tabacs et les allumettes. Sa foi dans les « pays frères », Tchécoslovaquie, Pologne, Roumanie, Bulgarie, le poussa à acheter - et eux, à lui vendre - toutes les vieilles machines improductives et inutiles qu’ils conservaient.
......................
Cuba est une des grandes réserves de nickel du monde : Avec de bons investissements, vingt-cinq mille ouvriers du nickel pouvaient produire autant de devises que le demi- million de travailleurs de l’industrie du sucre, toujours très chère et presque toujours non rentable. Fidel Castro, d’anti-canne devint pro-sucre, et lors de ses voyages à Moscou, en 1963 et 1964, vendit le sucre cubain aux Soviétiques.
Faisant pour la première fois preuve de sa mégalomanie, il déclara : « Je produirai dix millions de tonnes de sucre, ce sera la récolte la plus grande de toute l’histoire de Cuba, je développerai à cent pour cent l’industrie sucrière, Khrouchtchev m’enverra ces machines à couper la canne qu’on appelle des « libératrices. » »
Cet objectif ne fut jamais atteint. La réforme agraire déposséda les paysans de tout pouvoir, la gestion des coopératives agricoles passa totalement aux mains des bureaucrates nommés par le pouvoir en place [9]. Cuba s’endetta de plus de un milliard de dollars en Europe. Cette somme consacrée au nickel devait permettre de développer l’industrie et toute l’économie cubaine. Mais le sucre et le socio-fidélisme dévorèrent implacablement le milliard de dollars empruntés, provoquant ainsi la ruine de la production de nickel. Guevara, déçu, abandonna l’économie et l’industrie ; ayant une vision clinique de la réalité, il ne la déguisait pas ni ne l’idéalisait comme Fidel. Son problème n’était donc pas la vision de la réalité, mais son dogme, c’est-à-dire le socialisme étatique, dont on ne pouvait douter. Guevara, grâce à ses relations économiques avec les pays de l’Est et l’URSS, commençait à découvrir le socialisme « réel. » Il se rapprocha politiquement de la Chine, du Vietnam et de la Corée du Nord. Fin 1964, son sort est joué, et le ministère de l’Industrie est absorbé par l’INRA (Institut national de recherche agronomique). Son rêve d’industrialiser Cuba s’évanouissait. La révolution s’enfonçait dans la bureaucratisation et la militarisation.
Sachant qu’il ne pourrait s’écarter de la norme soviétique et qu’il était condamné à un avenir de bureaucrate, il choisit de s’investir dans la guérilla latino-américaine avec le projet plus lointain de créer une alliance intercontinentale qui réunisse l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie.
Guevara, au départ meilleur soutien des vieux communistes cubains et de l’URSS, devint avec le temps de plus en plus critique vis-à-vis du système soviétique et du « caudillisme » [10] de Castro. Les méthodes de Fidel lui semblaient inaptes à créer l’homme nouveau et la nouvelle conscience sociale capable de construire le socialisme. Lors d’un séminaire à Alger, en 1965, il accusa l’URSS de néocolonialisme [11] ? À son retour à Cuba, Guevara fut accusé par Fidel, Raul Castro et le président Dorticos d’indiscipline, d’irresponsabilité et d’avoir compromis les relations de Cuba avec l’URSS. Guevara accepta les reproches.
-------------
La fin tragique du guérillero
Il disparaît alors de la circulation, et la presse mondiale commence à tisser le mystère guévariste. Où est passé le comandante argentin ? Que lui est-il arrivé ? En réalité, comme on l’apprendra plus tard, Guevara entreprend un voyage en Afrique.
En 1966, il revient à Cuba après son échec africain, puis repart pour la Bolivie, allant au devant de la défaite et de la mort. Pourquoi Castro ne fit-il pas pour Guevara ce qu’on avait fait pour lui ? Pression soviétique, jalousie ou machiavélisme ? [12]
Le Che fut-il un instrument entre les mains de Fidel Castro ? Il ne sut ou ne put agir indépendamment de Fidel Castro. Che Guevara était plus un utopiste qu’un réaliste. De qui’fut-il la victime, de la CIA, du KGB ou de Castro ? Sans doute le pire ennemi d’Ernesto Guevara fut le Che. Dans un monde dominé par Washington et Moscou, il s’attaqua aux deux puissances à la fois. Don Quichotte internationaliste, Robespierre tropical, idéaliste et cruel à la fois. Personnalité complexe, représentative probablement des illusions et des confusions de son temps, l’histoire gardera de lui l’image d’un aventurier, d’un personnage pathétique vivant cette époque violente, idéaliste, inhumaine et pragmatique, appelée la Guerre froide.
26 Novembre 1959 : Il est nommé à la tête de la banque centrale. Il signe désormais les billets de banque : "Che".
26 11 59 Le commandant Che Guevara est nommé président de la Banque Natio-nale de Cuba à la place de Felipe Pazos Roque.
le 26 novembre 1959, il est nommé à la tête de la Banque centrale. Cet économiste atypique paraphe désormais les billets de banque d'un "Che" ironique et provocateur.
28 12 59 : Discours du commandant Che Guevara à l'Université Centrale de Las Villas.
______________________________________________________________
Janvier à décembre: publie des articles dans les journaux en particulier à propos de la politique anti-cubaine des Etats-Unis.
5-13 février 60: participe à la négociation de l'accord commercial Cuba-URSS.
4 3 60: Vers trois heures de l'après-midi, deux violentes explosions dévastent les quais du port de La Havane où des dizaines de travailleurs sont en train de décharger une cargaison d'armes du vapeur Français "La Coubre".
On compte une centaine de morts et plus de 300 blessés.
Cuba accuse très vite la CIA d' être responsable du sabotage.
- 4 mars 60: participe aux opérations de sauvetage à la suite de l'attentat qui détruit le cargo français la Coubre dans le port de la Havane.
Le 4 Mars 1960, dans un attentat organisé par la CIA, le bateau belge « La Couvre », qui apportait des armes à Cuba, explose dans le port de La Havane. Le lendemain, Alberto Korda prend la célèbre photo du Che en hommage aux victimes de l'attentat, et au cours de la cérémonie Fidel Castro prononce cette phrase qui restera dans l'histoire : "Patria o muerte. ¡Venceremos !" (La Patrie ou la mort. Nous vaincrons !).
Le 4 mars 1960, la première cargaison d'armes que les Cubains ont réussi à acheter malgré les pressions américaines arrive dans le port de La Havane. Mais une énorme explosion secoue la ville. Attribué par les révolutionnaires à la CIA, l'attentat fait 75 morts parmi les ouvriers du port. Le lendemain, lors d'un rassemblement de protestation, Fidel lance le mot d'ordre qui va devenir la devise du nouveau Cuba: "La patrie ou la mort." Au même moment, le photographe Alberto Korda, prend deux photos du Che à la tribune. Des années plus tard, cette image recadrée deviendra un symbole pour la jeunesse du monde entier.
5 3 60 : Obsèques des victimes de l' explosion de La Coubre.
Discours de Fidel Castro qui lance la consigne La Patrie ou la Mort !.
Le photographe Alberto Korda immortalise le Che sur son célèbre cliché.
- 20 mars 60 inaugure le programme "Université populaire".
21 3 60 : Départ des philosophes français Jean Paul Sartre et Simone de Beauvoir.
avril 1960: le premier accord commercial cubano-soviétique avec le concours du Che.
- 1er mai 60: prononce le discours pour la journée des travailleurs à Santiago de Cuba.
- 28 juillet 60 : prononce le discours d'ouverture du premier Congrès latino-américain de la jeunesse
- Juillet 60: son livre " La guerre de guérilla" sort des presses.
6 Août 1960 : Fidel nationalise les compagnies pétrolières de l'île.
Plusieurs années après, à Cuba, le 19 août 1960, il confie à son auditoire lors d'une rencontre au ministère de la Santé:
Lorsque le 18 juin 54, le gouvernement Arbenz est renversé avec l'appui des Etats-Unis pour crime de lèse-United Fruit, Ernesto Guevara tente de regrouper quelques jeunes et des armes pour combattre. Amère expérience dont il tire les conclusions.
"Presque tout le monde sait que j'ai commencé ma carrière de médecin il y a plusieurs années. Et quand j'ai commencé à pratiquer la médecine, quand j'ai commencé à étudier la médecine, la majorité des idées que j'ai aujourd'hui comme révolutionnaire, ne figuraient pas au stock de mes idéaux. Je voulais triompher, comme tout le monde veut triompher. Je rêvais d'être un chercheur célèbre, de travailler de manière infatigable pour parvenir à quelque chose qui pourrait être mis, en définitive, à la disposition de l'Humanité mais, qui aurait été, à ce moment-là, un triomphe personnel. J'étais, comme nous le sommes tous, un produit du milieu.
Ensuite, après avoir obtenu mon diplôme, à la suite de circonstances spéciales et peut-être aussi à cause de mon caractère, j'ai commencé à voyager dans toute l'Amérique et je l'ai parcourue toute entière. Sauf Haiti et Saint Domingue, j'ai visité tous les autres pays. Et, compte tenu des conditions dans lesquelles j'ai voyagé, tout d'abord comme étudiant et ensuite comme médecin, j'ai commencé à entrer étroitement en contact avec la misère, la faim, les maladies, l'impossibilité de soigner un enfant faute de moyens; l'abrutissement que provoquent la faim et les mauvais traitements incessants, tout ce qui fait de la perte d'un enfant un accident sans importance pour un père, comme cela arrive souvent au sein des classes les plus maltraitées de notre patrie américaine.
Alors il y a des choses qui, à ce moment-là, me sont apparues comme presque aussi importantes qu'être un chercheur célèbre, ou que de faire un apport substantiel aux sciences médicales: Il fallait aider ces gens-là. Mais je restais, comme nous le restons tous, un produit du milieu et je voulais les aider par mon effort personnel.
J'avais beaucoup voyagé, je vivais, à ce moment-là, au Guatemala, le Guatemala d'Arbenz et j'avais commencé à écrire quelques notes dans lesquelles je fixais les normes de conduite du médecin révolutionnaire. J'ai commencé par chercher ce dont on avait le plus besoin pour être un médecin révolutionnaire. Puis, est venue l'agression, l'agression lancée par la United Fruit, le département d'Etat, Foster Dulles -en réalité c'est la même chose- et par le fantôche qu'ils avaient mis en place et qui s'appelait Castillo Armas, on lui a réglé son compte depuis. L'agression a réussi car ce peuple n'avait pas encore atteint le degré de maturité qu'a aujourd'hui le peuple cubain, et, un beau jour, comme tant d'autres, j'ai pris le chemin de l'exil, ou, pour le moins, j'ai fui le Guatemala, puisque ce n'était pas mon pays.
Alors, je me suis rendu compte d'une chose fondamentale: pour être médecin révolutionnaire ou pour être révolutionnaire, la première chose qu'il faut avoir, c'est une révolution."
- 2 septembre 60: est présent lors du rassemblement populaire qui adopte "La première déclaration de La Havane".
- 28 septembre 60: participe au rassemblement au cours duquel les Comités de Défense de la Révolution sont crées.
- 7 octobre 60 : signe divers accords avec le vice-ministre bulgare du commerce extérieur.
- 14 octobre 60: reçoit le président guinéen, Sekou Touré.
19 Octobre 1960 : Les Etats Unis décrètent un embargo partiel sur le commerce avec Cuba.
octobre 1960: le Che effectue une tournée de deux mois dans les pays socialistes (Tchécoslovaquie, URSS, Chine, Corée du Nord, RDA)
octobre 1960 : les USA décrètent un embargo partiel sur le commerce avec Cuba, qui prend conscience qu'elle n'était qu'un appendice commercial des USA. Che voyage dans les pays socialistes au sein d'une délégation commerciale. Il est nommé ministre de l'Industrie en février 1961.
octobre 1960: le Che effectue une tournée de deux mois dans les pays socialistes (Tchécoslovaquie, URSS, Chine, Corée du Nord, RDA)
Le 19 Octobre 1960, Les Etats-Unis décrètent l'embargo commercial de Cuba.
Le 19 octobre, accentuant leur étranglement, les Etats-Unis promulguent un embargo sur le commerce avec l'île.
Avec Washington, les divergences continuent à se creuser. En réponse aux nationalisations, les Américains baissent radicalement les quotas d'importation de sucre. Ils provoquent un rapprochement des Cubains avec les Soviétiques, qui s'engagent à prendre le ralais.
Le Che préside de nombreuses missions officielles au nom du Gouvernement Révolutionnaire. Du 22 Octobre au 9 Décembre, il est à la tête de la mission économique de Cuba qui est de visite en URSS, Tchécoslovaquie, RDA et République Populaire de Chine.
22 octobre : Le Commandant Che Guevara s'envole pour une nouvelle tournée internationale en Eu-rope et en Asie.
- 22-29 octobre 60 : voyage officiel en Tchécoslovaquie Tito.
29 10 60 : Le Commandant Che Guevara arrive à Moscou.
- 29 octobre-16 nov. 60: visite en URSS, négocie un accord commercial
7 11 60 : Le Che assiste à Moscou aux cérémonies du 43 ème anniversaire de la Révolution russe.
16 11 60 : La mission commerciale Cubaine conduite par le Che arrive en Chine.
- 16 nov-1er déc.60: visite officielle en Chine, rencontre Mao Zé Dong
Le 17 Novembre, pendant son séjour en Chine, vient au monde Aleida Guevara March, ou "Aliusha", à La Havane. C'est là également que naîtront ses autres frères.
Fesant fi des polémiques entre partis communistes, Che Guevara continue son tour du monde à Pékin, sous la neige, où il est reçu par Mao et Chou En-lai.
Bien entendu, les Chinois rivalisent d'hospitalité avec les Soviétiques. Pour Ernesto, c'est un vieux rêve qui se réalise, lui qui appelait sa fille Hildita "ma petite Mao".
- 1er-7 déc. 60: visite en Corée du Nord. Rencontre Kim Il Sung, signe un accord de coopération.
- 7-22 déc 60: repasse par Moscou où il signe un accord sur l'achat de 2 millions 700 mille tonnes de sucre cubain par l'URSS.
23 12 60 : Retour à Cuba de la mission commerciale conduite par le Commandant Che Guevara.
A la fin de 1960, les États-Unis instaurent un embargo commercial total à l'encontre de Cuba.
Le Che dirige une délégation officielle cubaine au cours d'un périple effectué dans différents États socialistes : de l'Union soviétique et de l'Europe de l'Est à la Chine et à la Corée du Nord.
De là, retour en Union soviétique, en Allemagne de l'Est et en Tchécoslovaquie.
______________________________________________________________
Au début de l'année 1961, les États-Unis rompent toutes relations diplomatiques avec Cuba.
janvier 1961: Cuba rompt ses relations diplomatiques avec les USA.
3 Janvier 1961: Le président Eisenhower rompt les relations diplomatiques avec Cuba. L'île vit dès lors dans la psychose de l'invasion.
Le 3 Janvier 1961 les Etats-Unis rompent leurs relations diplomatiques avec Cuba.
- 6 janvier 61: rend compte à la télévision des résultats de son voyage.
17 janvier 1961. Au Congo, le Premier ministre nationaliste Patrice Lumumba est assassiné sur ordre des Etats-Unis
et de la Belgique.
- 21 janvier 61: visite l'usine d'affinage de nickel à Nicaro.
- 16 février 61: devient membre de la Commission économique des Organisations Révolutionnaires Intégrées (parti unifié)
21 février 1961:il est nommé ministre de l'Industrie
23 février 1961:Fondation du Ministère des Industries qui est confié au commandant Che Guevara;
- 23 février 61: est nommé à la direction du Ministère des Industries créé le même jour.
Le 23 Février 1961, le Che est nommé Ministre de l'Industrie et Membre du Conseil Central du Plan.
Le 23 février 1961, Guevara est nommé ministre de l'industrie. Le Che pense qu'il faut industrialiser à tout prix pour garantir l'indépendance politique de l'île: " Il travaillait de 8 heures du matin...jusqu'à 4 heures le lendemain matin, se souvient Aleida, sa femme."
8 mars 1961: Che Guevara écrivait "Nous sommes la pierre angulaire de la liberté en Amérique-Latine."
- 28 mars 61: préside la première Rencontre nationale sur le sucre.
- 29 mars 61: inaugure une fabrique de crayons en province.
15 avril 1961: Deux chasseurs américains B 26, pilotés par des exilés cubains, bombardent les aéroports de la Havane et de Santiago.
Le 15 avril, les aéroports de Cuba sont bombardés par des avions américains.
- 16 avril 61: assiste à l'enterrement des victimes des bombardements prélude de l'attaque de la Baie des Cochons (Playa Girón).
- 17 avril 61: prend le commandement de la région militaire de la province de Pinar del Rio.
17 avril 1961: Quinze cents assaillants de nationalité cubaine, pro-américains et décidés à reprendre Cuba à Fidel Castro, débarquent à Playa Giron, dans la baie des Cochons. Ils arrivent de Miami, des îles de Vieques près de Porto Rico, de Puerto Cabeza du Nicaragua d'où sont également parties des troupes aéroportées. Préparée du temps d'Eizenhower, déclenchée par Kennedy, la tentative échoue totalement. Les anticastristes s'enlisent dans les marais et 1113 d'entre eux sont faits prisonniers. Ils seront jugés publiquement dans une école de la Havane.
17 avril 1961: débarquement raté de mercenaires cubains armés par les Américains dans la baie des Cochons, playa Giron
17 avril 1961: débarquement de 1 500 assaillants cubains pro-américains dans la baie des Cochons, tentative qui échoue lamentablement.
Le 17 avril a lieu l'invasion de la Baie des Cochons qui se terminera en débâcle pour les États-Unis. 1.500 mercenaires de la CIA envahissent Cuba, soutenus par la flotte et par la force aérienne nord-américaines. Leur but: déclencher une rébellion populaire. Mais au cours de 72 heures, ils sont complètement battus par le peuple cubain.
Du 17 au 20 Avril 1961, Ernesto Che Guevara occupe le commandement militaire de Pinar del Río pendant l'attaque de mercenaires sur la Plage Girón, dans la Baie des Cochons (Bahía de los Cochinos), au cours de laquelle 1500 contre révolutionnaires cubains tentent d'envahir l'île dans une opération organisée et financée par la CIA. Les révolutionnaires mettront en déroute les mercenaires en moins de 72 heures.
L'embargo commence 25 avril 1961: les Etats-Unis décrètent l'embargo total sur Cuba
25 avril 1961:les Etats-Unis décrètent l'embargo total sur Cuba
- 1er mai 61: prend part à la manifestation à La Havane.
Le 20 Mai 1962 naît son fils,Camilo, nom qu'il lui donne en hommage à son camarade Camilo Cienfuegos, qui mourut tragiquement dans un accident aérien.
- 24-26 mai 61: visite dans l'extrême est du pays en compagnie de Raul Castro.
24 5 61 : Les commandants Raúl Castro et Che Guevara visitent plusieurs sîtes économiques et industriels de Santiago de Cuba.
- 1er juin 61: signe l'accord en vertu duquel l'URSS remettra à Cuba un crédit de 100 millions de dollars.
Le 26 juin 1961, le Che déclara que « les travailleurs cubains doivent petit à petit s’habituer à un régime de collectivisme. En aucune manière les travailleurs n’ont le droit de faire grève. » En effet, des grèves avaient éclaté pour protester contre la baisse des salaires décrétée par le pouvoir. La CTC [8] fut purgée d’une partie de ses dirigeants. Les communistes s’emparèrent de l’appareil syndical.
Centrale des travailleurs de Cuba.
- 24 juillet 61: acceuille à l'aéroport Youri Gagarine.
- juillet 61: visite de nombreuses usines, dont celle de nickel qui vient juste de redémarrer et le chantier de plusieurs autres en construction.
- 2-19 août 61: séjour en Uruguay, représente Cuba à la Conférence Interaméricaine du Conseil Economique.
Le 4 Août, le Che est à la tête de la délégation cubaine lors de la Conférence des Amériques de Punta del Este en Uruguay. La délégation est reçue à l'Aéroport National de Carrasco par des milliers de personnes chantant des slogans anti-yankees et aux cris de « vive la Révolution Cubaine ».
5 août 1961:le Che représente Cuba à une réunion des ministres de l'économie de l'Organisation des Etats Américains à Punta del Este (Uruguay)
("Qu’est-ce qu’un jeune communiste?" discours au congrès de l’Union des jeunesses communistes, 1962)
"Le jeune communiste doit vouloir être toujours et partout le premier, lutter pour être le premier et se sentir mal à l’aise quand il occupe une autre place. […] Il doit joindre à toutes ces qualités un grand esprit de sacrifice, pas seulement pour les grands jours héroïques, mais à tout moment. […] Être toujours attentif à tous ceux qui l’entourent. Autrement dit, le devoir de tout jeune communiste est d’être essentiellement humain, tellement humain qu’il se rapproche du meilleur de l’humain; de purifier le meilleur de l’homme par le travail, l’étude, l’exercice de la solidarité permanente avec le peuple et avec tous les peuples du monde; de développer sa sensibilité au point de ressentir de l’angoisse quand on assassine un homme quelque part dans le monde et d’être exalté quand se lève quelque part dans le monde un nouveau drapeau de la liberté."
5 août 1961: le Che représente Cuba à une réunion des ministres de l'économie de l'Organisation des Etats Américains à Punta del Este (Uruguay)
8 8 61 : Intervention du commandant Che Guevara à la conférence du Conseil Interaméricain Economique et Social (CIES) qui se tient à Punta del Este (Uruguay).
- 29 octobre 61: inaugure l'usine métallurgique "Patrice Lumumba" à Pinar del Rio.
29 10 61 : Le commandant Che Guevara inaugure l'usine métallurgique "Patricio Lumumba" construite en collaboration avec la France.
- 20 novembre 61: signe avec une délégation de RDA l'accord de coopération pour 1962.
- 28 novembre 61: intervient au Congrès National des Travailleurs.
- 21 décembre 61: prononce le discours de clôture du cours de l'Ecole d'administration organisée par le Ministère des Industries.
- fin décembre 61: se rend à Matanzas sur le chantier des docks d'embarquement de sucre en vrac.
______________________________________________________________
- 3 janvier 62: inaugure une fabrique de biscuits.
- 14 janvier 62: fait partie de la commission d'organisation de la Zafra du peuple (récolte sucrière). La suit de très près.
- 4 février 62: prend part au rassemblement populaire qui adopte la Seconde Déclaration de La Havane.
- 28 fév.-1er mars 62: se rend en province pour visiter des usines en particulier celle d'affinage de nickel de Nicaro.
- 22 mars 62: devient membre du secrétariat des Organisations Révolutionnaires intégrées.
- 15 avril 62: prononce le discours de clôture du congrès national de la Centrale des Travailleurs de Cuba.
- 1er mai 62: prend part à la manifestation.
Janvier 1962 : Cuba est exclue de l'Organisation des Etats américains. Cette exclusion entraîne la rupture avec les autres pays du continent, hormis le Mexique et le Canada. S'ajoute un blocus économique des produits susceptibles de contenir des matières premières en provenance de l'île de Cuba. l'accès des ports américains est désormais interdit à tout navire préalablement entré dans un port cubain. Toute vente de denrées agricoles à Cuba est également interdite.
Embargo, multiplication des raids organisés par des éxilés, manoeuvres de quarante mille marines dans les Caraïbes, tout laisse à penser, au cours de l'année 1962, que les Etats Unis s'apprêtent à tenter une nouvelle invasion. La défense du territoire devient la principale préoccupation du pouvoir cubain qui renforce ses liens avec l'URSS. En octobre des avions espions américains apportent la preuve photographique de la présence de rampes de lancement de fusées nucléaires soviétiques, installées à 200 Km des côtes de la Floride. Kennedy décrète le blocus navale de Cuba et exige le retrait des missiles. Il adresse à Khrouchtchev l'ultimatum suivant: " Vous acceptez de retirer ces armes de Cuba, sous le contrôle des Nations Unies; vous vous engagez à mettre fin à leur livraison à Cuba. De notre côté nous acceptons de supprimer le blocus, [...] de prendre l'engagement de ne pas envahir Cuba". Le 24 octobre les bateaux battant pavillon rouge frappé de la faucille et du marteau mettent en panne au large des côtes cubaines, se pliant au blocus intimé par Washington. Les soviétiques ont gagné la promesse que Cuba ne serait pas attaquée et le blocus est levé. La crise des missiles vient de trouver son dénouement sans que le gouvernement cubain ait été consulté. Castro en est irrité, le Che est furieux et le fera savoir. Ils comprennent que le temps de la "coexistence pacifique", annoncée à Moscou en 1956 au congrès de déstanilisation, est venue avec ses compromis et ses compromissions. Fidel Castro s'en accommodera bientôt. En revanche, c'est pour le Che, dirigeant, la première occasion officielle de se distancier de Moscou.
Au pouvoir, le Che exerce son action dans tous les domaines : à la fois voix officielle de Cuba à l'étranger - le Che ambassadeur passe pour vice président du pays , directeur de la banque centrale, président de l'institut national de la réforme agraire, il prend chaque fois la tâche à bras le corps.
fin août 1962:le Che se rend en URSS pour préparer l'installation de missiles à Cuba
27 8 62 : Le Commandant Che Guevara arrive à Moscou.
- 26 août-5 septembre 62: effectue une visite en URSS et en Tchécoslovaquie.
5 9 62 : Retour à Cuba du Commandant Che Guevara qui s'est rendu en URSS et Tchécoslovaquie.
En Octobre 1962 et jusqu'en Novembre de la même année, Ernesto occupe le commandement militaire des troupes de Pinar del Río pendant la Crise d'Octobre.
15 octobre 1962: la crise des fusées éclate entre Washington et Moscou
- 17 octobre 62: assiste à la signature du communiqué conjoint Algérie-Cuba par Fidel Castro et Ahmed Ben Bella, en visite à Cuba.
- 22-28 octobre 62: crise des missiles, assume le poste de chef de l'Armée de l'ouest du pays.
Du 22 au 28 octobre 1962: des avions espions américains apportent la preuve photographique de la présence de rampes de lancement de fusées nucléaires soviétiques installées à 200 km de la Floride. Un bras de fer s'engage entre Kennedy et Krouchtchev. Le monde retient son souffle, mais Khrouchtchev décide le retrait des fusées en échange de la promesse (non publique) que Cuba ne sera pas attaquée et que le blocus sera levé.
- 7 décembre 62: prononce le discours du 66ème anniversaire de la mort au combat du Gral Antonio Maceo
__________________________________________________________________________
- 3-12 février 63: travaille une semaine à la récolte de la canne à sucre
- 24 mars 63: définit au cours d'un meeting dans une usine ce que doit être le militant du Parti Uni de la Révolution socialiste de Cuba.
- 1er avril 63: inaugure une fabrique de chocolat à Baracoa.
- 9 avril 63: prend la parole au Conseil de direction de l'entreprise d'affinage du nickel à Nicaro
- 1er mai 63: participe au défilé à la Havane
- 5 mai 63: reçoit au Ministère des Industries 200 délégués étrangers qui ont assisté aux festivités
- Juin 63: fonde la revue "Notre industrie économique"
juin 1963: Che, qui a nourrit un projet de libération continentale assis sur la dorsale andine, envoie un ami journaliste argentin et un groupe de Cubains organiser un foyer de guérilla dans le nord de l'Argentine; ce foyer sera vite écrasé.
Le 14 Juin 1963 naît le quatrième enfant du Che, le troisième avec Aleida. C'est une fille qui sera appelée Celia, en hommage à sa mère.
1 7 63: Le commandant Che Guevara arrive à Prague.
3 7 63: Le Che arrive à Alger où il est accueilli par le président Ben Bella.
- 3 juillet-23 juillet 63: effectue une visite en Algérie à l'occasion du 1er anniversaire de l'indépendance
25 7 63: Retour à Cuba du Commandant Che Guevara.
(Interview avec Jean Daniel, L’Express, 25 juillet 1963, p. 9)
"Le socialisme économique sans la morale communiste ne m’intéresse pas. Nous luttons contre la misère, mais en même temps contre l’aliénation. L’un des objectifs fondamentaux du marxisme est de faire disparaître l’intérêt, le facteur ‘intérêt individuel’ et le profit des motivations psychologiques. Marx se préoccupait autant des faits économiques que de leur traduction dans l’esprit. Il appelait cela ‘un fait de conscience’. Si le communisme néglige les faits de conscience, il peut être une méthode de répartition, mais il n’est pas une morale révolutionnaire."
- 14-18 août 63: visite des usines dans la province de Las Villas
- 4-12 octobre 63: visite en province en particulier dans les zones affectées par le cyclône Flora qui a fait mille morts.
22 Novembre 1963 : Jour de l'assassinat de Kennedy, le Che amorce l'electrification de l'île. Dans un discours tenu à cette occasion, il lance une formule : " Hombre lobo, no ! Hombre nuevo, si ! " (Homme loup, non ! Homme nouveau, oui!) Voilà donc, exprimée dans un slogan lapidaire, la projection de l'être idéal, l'homme nouveau évoluant dans la société idéale. A qui ou à quoi ressemble- t-il, comment le bâtir? Par-dessus tout en éduquant ses semblables, en leur donnant le goût du partage, de l'effort communautaire, la satisfaction du devoir accompli. QUe n'a-t-il harassé ses collègue de la banque centrale, notamment, les forçant de se joindre à lui, les dimanches dès l'aube, pour couper la canne à sucre ! S'il ne cache pas son ennui profond à accomplir des tâches monotones, il y voit cependant le lien indispensable entre le travail manuel et intellectuel, le moyen d'abolir les barrières qui les séparent. Pour lui le développement de la conscience fait plus poue le développement de la production que le stimulant matériel. Son " Homme Nouveau " vit d'abord pour la société dans laquelle il évolue et non centré sur lui même. Ainsi son travail n'a pas à être comparé à celui du voisin car le travail est économiquement abstrait. Sa rémunération doit être calculée sur ces besoins matériels, eux mêmes définis collectivement par le plan.
- 20 décembre 63: prend la parole à la clôture de la semaine de solidarité avec le Sud Vietnam
- 26 décembre 63: "Face à la presse" sur les normes nationales de travail et les salaires.
__________________________________________________________________________
1964: Che retourne à Beijing, prononce un discours à Genève, rencontre Ben Bella en Algérie, réalise un troisième voyage à Moscou.
- 11 janvier 64: reçoit un diplôme pour les 240 heures de travail volontaire qu'il a effectuées en 1963
21 1 64 : Le commandant Che Guevara arrive au Dahomey.
- février 64: crée plusieurs instituts de recherche industrielle
- mars 64: donne des instructions à Tamara Bunke sur son futur travail de préparation de la guérilla en Amérique du Sud.
- 15 mars 64: discours aux gagnants de l'émulation 1963 au Ministère des Industries
17 mars 1964:le Che représente Cuba à la première conférence de la CNUCED à Genève
19 3 64: Le Commandant Che Guevara arrive à Genève pour participer à la Conférence mondiale sur le commerce et le développement.
Le 19 Mars 1964, vient au monde Omar Pérez, fruit de la relation extraconjugale que Ernesto a eu avec Lidia Rosa López.
Du 20 Mars 1964 au 13 Avril, le Che est à la tête de la délégation cubaine pendant la conférence de l'ONU pour le Commerce et le Développement à Genève, en Suisse. Du 15 au 17 Avril, il est en visite en France, Algérie et Tchécoslovaquie. Il visite l'URSS du 5 au 19 Novembre et participe au 47ème Anniversaire de la Révolution d'Octobre. Il préside à nouveau la délégation cubaine lors de l'Assemblée Générale de l'ONU à New York du 9 au 17 Décembre. Puis il se rend en Algérie.
24 3 64: Brillante intervention du Che à la conférence de Genève.
9 4 64 : La révolutionnaire internationaliste Haydée Tamara Bunke Bider part clandestinement pour l'Amérique du sud où elle préparera le terrain pour la future guerilla du Che.
14 4 64: Le Commandant Che Guevara arrive à Alger.
18 4 64: Retour à Cuba du Che.
- 25 mars 64: prend la parole au nom de Cuba à la Conférence des Nations-Unies sur le commerce et le développement à Genève.
- 1er mai 64: prend part au défilé
3 5 64: A Santa Clara, le Commandant Che Guevara inaugure l'usine méca-nique "Fabric Aguilar Noriega".
- 3 mai 64: inaugure une usine à Santa Clara
- 10 mai 64: inaugure la fabrique de céramique à l'île des Pins
- 17 mai 64: inaugure une fabrique à Sagua la Grande
17 mai 1964. Confronté à de nouvelles actions de sabotage de l'impérialisme dans un port situé au sud, le Che déclare: " Nous avons rendez-vous avec l'histoire, et nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre d'être effrayés! Nous devons garder le même enthousiasme et la même foi. Construire des usines de la main gauche, et brandir le fusil de la droite, et des deux talons, écraser les vers. "
- 12 juillet 64: inaugure une fabrique à Nuevitas
- 19 juillet 64: " " à Caibarien
24 7 64: Le Commandant Che Guevara inaugure à Santa Clara, l'Industrie de Production d'Usensiles Ménagers (INPUD).
En août 64, le Che parle de la situation au Congo: " Ce qui se passe en Afrique, où il y a deux ans à peine le Premier ministre du Congo a été assassiné et écartelé, c'étaient les monopoles nord-américains qui s'installaient, et la lutte pour la possession du Congo a donc été déclenchée. Pourquoi? Parce que dans le sous-sol du Congo, il y a du cuivre et des minerais radioactifs. C'est pourquoi on a assassiné un dirigeant populaire qui avait eu la naïveté de croire en la justice sans tenir compte du fait que le droit est chassé par la force. C'est ainsi qu'il est devenu un martyr de son peuple. "
- 11 août 64; signe le protocole de coopération Cuba-Chine
- 2-4 septembre 64: visite des entreprises dans l'est du pays.
- 28 octobre 64; prend la parole au meeting d'hommage à Camilo Cienfuegos.
4 Novembre 1964 : Le Che est à Moscou pour le 47e anniversaire de la révolution. Voyage obligé. Voyage diplomatique incontournable pour le dirigeant cubain qu'il est. Mais voyage à l'arrière goût amer pour l'esprit libre qu'il est aussi. Il comprend que Fidel puisse juger vitales ses relations avec le Kremlin, mais il estime depuis quelques temps déjà qu'il s'agit de ne pas rester à la merci des soviétiques et que la juste attitude consisterait pour Cuba à se rapprocher du bloc neutraliste, de ces pays socialistes indépendants de l'URSS.
- 4-18 novembre 64: assiste en URSS aux festivités pour le 47ème anniversaire de la Révolution d'Octobre
Le 11 décembre 1964, devant les délégués de l'O.N.U., le Che lançait cette phrase qui résume assez bien l'altruiste et rigoureuse facture du personnage : "Je suis cubain et argentin aussi, et si les très illustres domaines d'Amérique latine ne s'en offensent pas, je me sens aussi patriote d'Amérique latine, de n'importe quel pays d'Amérique latine... Je serai prêt, le moment venu, à donner ma vie pour la libération d'un pays d'Amérique latine, sans rien demander à personne, sans rien exiger, sans exploiter personne".
- 28-30 nov 64: visite dans l'est du pays
30 11 64: Le Che préside à Santiago de Cuba, l'inauguration de l'usine indus-trielle "30 novembre".
Et (27)en novembre 64 : " Aujourd'hui se déroule dans le lointain - mais en même temps très proche -au Congo, une histoire que nous devons suivre et qui peut nous servir de leçon. Hier; les paras belges ont occupé Stanleyville, ils se sont livrés à des massacres et leur point d'orgue a été de faire sauter la statue de Lumumba -c'était la raison de ces massacres. "
décembre 1964: à la 19e session de l'Assemblée générale des Nations unies, le Che prononce un discours enflammé, déclarant la guerre à l'impérialisme
- 9-17 décembre 64: Séjour aux Nations Unies, prend la parole le 11.
9 Décembre 1964 : Le Che s'envole pour New York où il va défendre les intérêts de Cuba à l'ONU. Il profite de son intervention pour décocher un petit trait à l'adresse de l'URSS : " Nous voulons construire le socialisme, nous nous sommes déclarés comme faisant partie du groupe des non-alignés. Parce que outre le fait que nous soyons marxistes, les non-alignés comme nous luttent contre l'impérialisme ". Le Che est désormais seul. Fidel ne le suivra pas dans sa défiance envers le grand frère russe.
décembre 1964:à la 19e session de l'Assemblée générale des Nations unies, le Che prononce un discours enflammé, déclarant la guerre à l'impérialisme
10 12 64: Le Commandant Che Guevara arrive à New York pour participer à l'Assemblée Générale de l' ONU.
11 12 64: Discours du Che devant l'assemblée des nations unies.
le Che parle lors de l'assemblée générale des Nations Unies à New York. Il dénonce en termes particulièrement forts
le rôle des Nations Unies dans l'assassinat de Lumumba et dans l'installation au pouvoir de Moïse Tshombe en tant
que président congolais, sans que l'on tienne compte que ce même homme, grâce à l'aide belge, avait tenté de séparer
la province du Katanga du reste de la nation congolaise. " Tous les gens libres du monde entier doivent se déclarer
prêts à venger le crime perpétré au Congo. "
17 Décembre 1964 : Le Che quitte New York pour le continent africain. D'abord Alger, puis le Mali, le Congo, la Guinée, le Dahomey, le Ghana où il alnce au président Nkrumah : " L'Afrique, l'Amérique latine et l'Asie devront s'unir avec les pays socialistes pour lutter contre l'impérialisme ".
17 12 64: Le Che s'embarque pour Alger (via le Canada) et pour un voyage de trois mois dans huit pays africains et en Chine.
- 18-26 décembre 64: visite en Algérie
25 12 64: Le Che arrive au Mali.
- 28-31 décembre 64: visite au Mali
______________________________________________________________________________
En Janvier 1965, Ernesto Che Guevara est en République de Chine, puis au Mali, Congo (Brazzaville), Guinée, Ghana, Dahomey, Tanzanie, Egypte, Algérie
et revient à La Havane le 14 Mars.
- 1-6 janv. 65: visite au Congo Brazzaville. entretien avec le président Massemba Débat
- 7-13 janv 65: visite en Guinée
(Le socialisme et l’homme à Cuba, 1965)
"En poursuivant la chimère de réaliser le socialisme à l’aide des armes pourries léguées par le capitalisme (la marchandise prise comme unité économique, la rentabilité, l’intérêt matériel individuel comme stimulant, etc.), on risque d’aboutir à une impasse. […] Pour construire le communisme, il faut changer l’homme en même temps que la base économique."
début 1965:le Che voyage pendant trois mois. Il se rend à Alger et effectue une tournée dans cinq pays africains, plus ou moins en rupture avec l'Occident (Mali, Congo-Brazzaville, Guinée, Ghana, Dahomey). Il se rend en Chine, puis en Tanzanie où il s'entretient avec le président Julius Nyerere et rencontre les leaders rebelles congolais Gaston Soumaliot et Laurent-Désiré Kabila.
janvier 1965: il réalise une tournée africaine (Mali, Algérie, Égypte, Tanzanie, etc.) et se rend à Beijing. À son retour à la Havane, il s'entretient en secret avec Fidel durant deux jours, lui annonce son départ pour le Congo et la lutte armée. La brochure Le socialisme et l'homme à Cuba paraît à la Havane en septembre. En octobre, Castro annonce que le Che a quitté Cuba et renoncé à ses titres et pouvoirs.
8 1 65: A Conakry, Guinée, le commandant Che Guevara est reçu par le président Sekou Touré.
14 1 65: Le Che se rend au Ghana.
- 14-24 janv 65. visite au Ghana, entretien avec Nkawe Nkrumah, repasse par l'Algérie.
25 1 65: Le Che est de retour à Alger.
- Fév. 65: l'entraînement des hommes qui l'accompagneront au Congo commence.
1 2 65: Après un bref passage par Paris, le Che s'envole pour Pékin.
2 2 65: Le commandant Che Guevara arrive à Canton.
- 2 fev 65: visite en Chine
- 7 fév. 65: passe par Paris et visite Le Louvre
- 11 fév. 65: arrive en Tanzanie. Entretien avec le leader congolais Laurent Désiré Kabila et son état major
11 2 65 : Le Che arrive à Dar-es-Salam (Tanzanie).
19 2 65: Le Che se rend en Egypte puis regagne l'Algerie.
- 24 fév. 65: prend part en Algérie au Second séminaire de solidarité afro-asiatique.
24 2 65 : Intervention du Che devant le II ème Séminaire Economique de Solidarité Afro-asiatique. Dans ce fameux discours, le dirigeant cubain réclame pour les autres pays du Tiers-Monde, les mêmes conditions préfèrentielles que les pays socialistes accordent à Cuba.
24 Février 1965 : Le Che participe à Alger au deuxième séminaire afro-asiatique. Il y tient un discours qui va faire date dans ses relations avec l'Union soviétique, et donc avec Fidel. " [les soviétiques] marchandent leur soutien aux révolutions populaires au profit d'une politique étrangère égoïste, éloignée de grands objectifs internationaux de la classe ouvrière. [...] Il ne peut exister de socialisme, si dans les consciences ne s'opère pas un changement qui suscite une nouvelle attitude fraternelle. [...] Comment peut-on parler de "bénéfice mutuel" quand on vend au prix du marché mondial les matières premières produites par la sueur et la souffrance sans limite des pays pauvres et qu'on achète au prix du marché du marché mondial les machines fabriquées par les usines automatisées modernes? Si tel type de relation s'instaure entre les différents groupes de nations, il faut en conclure que les pays socialiste sont, d'une certaine manière, complices de l'exploitation impérialiste." . Reçu à Moscou comme un camouflet et immédiatement suivi d'une réprimande à la Havane, le discours d'Alger marquera le point de rupture entre le Che et Fidel Castro.
24 février 1965:fameux "discours d'Alger", dans lequel le Che accuse les pays socialistes de se rendre complices de l'exploitation impérialiste, puis passe par le Caire où il s'entretient avec Nasser
en février 1965, A la seconde Conférence économique afro-asiatique d'Alger, Che dénonce la forme d'assistance pratiquée par l'URSS.
"[Les soviétiques] marchandent leur soutien aux révolutions populaires au profit d’une politique étrangère égoïste, éloignée des grands objectifs internationaux de la classe ouvrière. […] Il ne peut exister de socialisme, si dans les consciences ne s’opère pas un changement qui suscite une nouvelle attitude fraternelle. […] Comment peut-on parler de ‘bénéfice mutuel’ quand on vend au prix du marché mondial les matières premières produites par la sueur et la souffrance sans limite des pays pauvres et qu’on achète au prix du marché mondial les machines fabriquées par les grandes usines automatisées modernes? Si un tel type de relation s’instaure entre les différents groupes de nation, il faut en conclure que les pays socialistes sont, d’une certaine manière, complices de l’exploitation impérialiste."
en février 1965. Fragments du discours prononcé par Che Guevara à la seconde Conférence économique afro-asiatique d'Alger,
Chers frères,
Cuba participe à cette conférence, d'abord pour faire entendre à elle seule la voix des peuples d'Amérique latine, mais aussi en sa qualité de pays sous-développé qui, en même temps, construit le socialisme.
Ce n'est pas un hasard s'il est permis à notre représentation d'émettre son opinion parmi les peuples d'Asie et d'Afrique. Une aspiration commune nous unit dans notre marche vers l'avenir : la défaite de l'impérialisme. [...]
Chaque fois qu'un pays se libère, avons-nous dit, c'est une défaite pour le système impérialiste mondial, mais nous devons reconnaître que cette rupture ne se produit pas du seul fait de proclamer l'indépendance ou d'obtenir une victoire par les armes dans une révolution. La liberté survient lorsque la domination économique de l'impérialisme sur un peuple cesse. C'est donc une question vitale pour les pays socialistes que ces ruptures se produisent effectivement. Et c'est notre devoir international, le devoir dicté par l'idéologie qui nous guide, de contribuer par nos efforts à la libération la plus rapide et la plus profonde. Nous devons tirer la conclusion de tout cela: le développement des pays qui s'engagent sur la voie de la libération doit être payé par les pays socialistes. Nous le disons sans aucune intention de chantage ou d'effet spectaculaire, ni en cherchant un moyen facile de nous rapprocher de tous les peuples afro-asiatiques, mais bien parce que c'est notre conviction profonde. Le socialisme ne peut exister s'il ne s'opère dans les consciences une transformation qui provoque une nouvelle attitude fraternelle à l'égard de l'humanité, aussi bien sur le plan individuel dans la société qui construit ou qui a construit le socialisme que, sur le plan mondial, vis-à-vis de tous les peuples qui souffrent de l'oppression impérialiste.
Nous croyons que c'est dans cet esprit que doit être prise la responsabilité d'aider les pays dépendants et qu'il ne doit plus être question de développer un commerce pour le bénéfice mutuel sur la base de prix truqués aux dépens des pays sous-développés par la loi de la valeur et les rapports internationaux d'échange inégal qu'entraîne cette loi. Comment peut-on appeler "bénéfice mutuel" la vente à des prix de marché mondial de produits bruts qui coûtent aux pays sous-développés des efforts et des souffrances sans limites et l'achat à des prix de marché mondial des machines produites dans les grandes usines automatisées qui existent aujourd'hui? Si nous établissons ce type de rapports entre les deux groupes de nations, nous devons convenir que les pays socialistes sont, dans une certaine mesure, complice de l'exploitation impérialiste. On alléguera que le volume des échanges avec les pays sous-développés constitue un pourcentage insignifiant du commerce extérieur de ces pays. C'est absolument vrai, mais cela ne change rien au caractère immoral de cet échange.
Les pays socialistes ont le devoir moral de liquider leur complicité tacite avec les pays exploiteurs de l'Ouest. Le fait que le commerce est actuellement réduit ne signifie rien. En 1959, Cuba vendait du sucre occasionnellement à un pays du bloc socialiste par l'intermédiaire de courtiers anglais ou d'autres nationalités. Aujourd'hui, 80 % de son commerce se fait avec le camp socialiste; tous les produits essentiels viennent du camp socialiste, et, en fait, elle en fait maintenant partie. Nous ne pouvons pas dire que ces revenus proviennent d'un simple accroissement du commerce, ni que le commerce a augmenté en raison de la destruction des anciennes structures et de l'engagement dans une forme socialiste de développement; les deux extrêmes se touchent et sont reliés entre eux. Nous ne nous sommes pas engagés sur la voie du communisme en prévoyant toutes les étapes comme le produit logique d'un développement idéologique qui progressera vers un but déterminé. Les vérités socialistes jointes aux dures vérités de l'impérialisme ont forgé notre peuple et lui ont montré la voie que nous avons adoptée ensuite en toute conscience. Les peuples d'Afrique et d'Asie qui iront vers leur libération définitive devront prendre la même voie. Ils l'emprunteront tôt ou tard même si leur socialisme s'accompagne aujourd'hui d'adjectifs divers.
Il n'est pour nous d'autre définition du socialisme que l'abolition de l'exploitation de l'homme par l'homme. Tant que cette abolition ne se réalise pas, nous restons au stade de la construction de la société socialiste et si, au lieu que ce phénomène se produise, la tâche de la suppression de l'exploitation s'arrête, ou même recule, alors on ne peut même plus parler de construction du socialisme. Nous devons préparer les conditions qui permettront à nos frères de prendre directement et en pleine conscience la voie de l'abolition définitive de l'exploitation, mais nous ne pouvons pas leur demander de prendre cette voie si nous sommes nous-mêmes complices de cette exploitation. [...] Une conception totalement nouvelle consistera à changer l'ordre des rapports internationaux; le commerce extérieur ne doit pas déterminer la politique, mais au contraire être subordonné à une politique fraternelle à l'égard des peuples.
24 février 1965: fameux "discours d'Alger", dans lequel le Che accuse les pays socialistes de se rendre complices de l'exploitation impérialiste, puis passe par le Caire où il s'entretient avec Nasser
Le 24 février 1965, à Alger, il prononce ce fameux discours qui l'"isole" définitivement de la scène politique. Sa clairvoyance et sa franchise le renvoient à son itinérant statut de Don Quichotte. Son idylle cubaine est consommée et le Che doit rejoindre d'autres luttes.
- 2-12 mars 65: retourne en Egypte où il est déjà allé avant le séminaire
14 mars 1965: dernière apparition publique du Che, à la Havane. Fidel Castro l'accueille à l'aéroport. Les deux hommes s'entretiennent pendant deux jours d'affilée
14 3 65 : Retour à Cuba du Commandant Che Guevara.
- 15 mars 65: rentre à La Havane
Sa dernière intervention publique à Cuba a lieu le 15 Mars quand il fait un compte rendu de ses voyages à l'étranger devant ses collaborateurs de Ministère de l'Industrie.
Afin de poursuivre plus en avant ses idéaux libertaires, il sollicite de la Direction de la Révolution Cubaine
son détachement des responsabilités qui le lient à Cuba, pour reprendre la lutte armée en solidarité avec
les peuples du monde.
Le 1er Avril 1965 il écrit des lettres d'adieux à ses parents, ses enfants et Fidel Castro, et s'en va pour le Congo. C'est dans ce pays qu'il apprendra la mort de sa mère.
La lettre du Che à Fidel
Avant de quitter Cuba en mars 1965, pour se rendre clandestinement au Congo belge, le Che laisse un message d'adieu à Fidel Castro, faisant implicitement état de leurs divergences politiques [à propos de l'URSS, du rôle du stimulants moraux, de la manière de construire le socialisme à Cuba, etc.]. Cette lettre personnelle, Fidel Castro en fera une lecture publique le 3 octobre de la même année. Les rumeurs les plus folles couraient alors à propos du Che; certaines parlaient même d'assassinat. Fidel se devait aussi d'expliquer son absence au premier congrès du Parti communiste cubain et son exclusion de toute nomination. Che avait dit à son ami Carlos Franqui [qui avait rompu avec Fidel et la Révolution] à Paris en 1963: "Avec Fidel, je ne veux ni mariage ni divorce".
Fidel,
Je me souviens de beaucoup de choses en cette heure, de la première fois où je t'ai connu chez Maria Antonia, de la fois où tu m'as proposé de venir, de toute la tension des préparatifs. De ce jour où on nous a demandé qui prévenir en cas de décès et où cette possibilité nous est soudain apparue à tous comme une réalité. Nous avons su ensuite que cela était vrai, que dans une révolution (si elle est authentique), on triomphe ou on meurt. De nombreux camarades sont restés sur le chemin de la victoire.
Aujourd'hui, tout prend un ton moins dramatique, parce que nous sommes plus mûrs, mais l'histoire se répète. Je sens que j'ai accompli la part de devoir qui me liait à la Révolution cubaine sur son territoire et je prends congé de toi, des camarades, de ton peuple qui est devenu le mien.
Je renonce officiellement à mes responsabilités à la direction du Parti, à mon poste de ministre, à mon grade de commandant, à ma condition de Cubain. Plus rien ne me rattache légalement a Cuba, seulement des liens d'une autre espèce qui, contrairement aux postes officiels, ne peuvent être cassés.
Si je regarde derrière moi, je crois pouvoir dire que j'ai travaillé avec honnêteté et constance à la consolidation de la révolution. Tout ce que je peux reprocher, c'est de ne pas t'avoir fait encore plus confiance dès les premiers temps dans la Sierra Maestra et de ne pas avoir compris assez vite tes qualités de dirigeant et de révolutionnaire. J'ai vécu des jours magnifiques et j'ai ressenti à tes côtés la fierté d'appartenir à notre peuple tout au long des jours lumineux et tristes de la crise des missiles. Rarement un homme d'État a autant brillé qu'à cette occasion, et je me sens fier aussi de t'avoir suivi sans hésiter, de m'être identifié à ta façon de penser et de voir, d'apprécier les dangers et les principes. D'autres terres en ce monde réclament le concours de mes modestes efforts. Je peux faire, moi, ce que tes responsabilités à la tête de Cuba ne te permettent pas, et l'heure est venue de nous séparer.
Sache que je le fais avec un mélange de joie et de douleur; je laisse ici le plus pur de mes espoirs de constructeur et ce que j'aime le mieux chez ceux que j'aime... et je quitte un peuple qui m'a adopté comme un fils; une part de mon esprit en est déchirée. Sur les nouveaux champs de bataille, je porterai la fol que tu m'as inculquée, l'esprit révolutionnaire de mon peuple, la sensation de remplir le plus sacré des devoirs : lutter contre l'impérialisme où qu'il se trouve; voilà qui réconforte et soigne facilement n'importe quelle déchirure, Je répète que je décharge Cuba de toute responsabilité, sauf de celle inspirée par son exemple; si sous d'autres cieux ma dernière heure vient à sonner, ma dernière pensée sera pour ce peuple et pour toi en particulier; je te remercie pour tes leçons et ton exemple et je m'efforcerai d'y être fidèle, jusqu'aux ultimes conséquences de mes actes; je me suis toujours identifié à la politique extérieure de notre révolution et c'est toujours le cas; où que je me trouve, je ressentirai la responsabilité d'être un révolutionnaire cubain et j'agirai en conséquence; je ne laisse aucun bien matériel à mes enfants et à ma femme et cela ne m'attriste pas — je suis même content qu'il en soit ainsi; je ne demande rien pour eux car l'Etat leur donnera ce qu'il faut pour vivre et s'éduquer. J'aurais beaucoup de choses à dire, à toi et à notre peuple, mais je sens qu'elles seraient superflues, les mots ne peuvent exprimer ce que je voudrais et cela ne vaut pas la peine de noircir des pages.
Jusqu'à la victoire toujours! Patria o Muerte!
Je t'embrasse avec toute la ferveur révolutionnaire du
Che
Mars 1965 : Le Che rentre à la Havane, il est attendu par Fidel Castro. Les deux hommes s'enferment dans une pièce et discutent deux jours et deux nuit durant. Le Che désormais grève Fidel d'un poids qui dérange Moscou. Il ne peut ni ne veut rester à Cuba. Le Che disparaît. Les bruits les plus rocambolesques circulent sur sa disparition. On le prétend en Chine, dans un asile d'aliénés au Mexique, on dit qu'il a été éliminé à Saint-Domingue.... En réalité il se prépare à partir pour le Congo.
Avant de partir le Che rédigera plusieurs lettres, à l'adresse de ses parents,de ses proches, de Fidel où, sans doute pour lui éviter des sarcasmes soviètiques, il renonce à sa citoyenneté cubaine. [lire]
En accord avec Fidel qui ménage les intérêts soviétiques, le Che choisi le Congo Belge pour tenter d'y allumer un viêt-nam en Afrique. Les préparatifs du départ du Che, prévu pour avril 1965, se réalisent avec l'appui des services secrets cubains. Pendant onze mois le Che va donc diriger l'expédition africaine. Le but n'est pas pour les cubains de combattre mais de préparer et de former des guerilleros. Le séjour tournera court faute d'unités révolutionnaires. Incognito, le Che rentrera à la Havane en mars 1966.
Vient l'heure d'un nouveau départ, le dernier. Pour la Bolivie. Tout semble en place pour que le Che prenne la direction d'une vaste opération destinée à embraser l'Amérique du sud pour la libérer du joug nord-américain. Il s'agit de créer une école pour former les guérilleros venus des pays voisins, afin de pouvoir porter le feu de la révolution partout.
14 mars 1965:dernière apparition publique du Che, à la Havane. Fidel Castro l'accueille à l'aéroport. Les deux hommes s'entretiennent pendant deux jours d'affilée
22 mars 1965: le Che prend congé de ses collaborateurs du ministère de l'Industrie
- 29 mars 65: prend congé de ses camarades au Ministère des Industries. Dédicace des livres à plusieurs personnes.
- 31 mars 65: prend congé de Fidel Castro, écrit la lettre d'adieu aux Cubains
D'abord il y a le Congo Belge où le Che veut allumer un nouveau Vietnam. Ce sera un échec cuisant.
31 3 65 : Les Commandants Fidel Castro et Che Guevara se disent adieu à La Havane. Le Guerillero Héroïque remet sa fameuse lettre que le chef de la Révolution rendra publique le 3 novembre, lors de la présentation du Comité Central du nouveau PCC.
début avril 1965:il quitte La Havane pour le Congo, avec un détachement de combattants cubains. Avant de partir, il a rédigé trois lettres d'adieux: une à ses parents, une à ses enfants et une au peuple cubain. Il passe par Dar-es-Salaam, puis traverse le lac Tanganyika et entre au Congo où il va passer sept mois désastreux
- 1er avril 65: quitte Cuba.
1 4 65: Fidèle à ses principes, le commandant Che Guevara part pour les maquis du Congo.
7 4 65 : Le Che et ses compagnons (Victor Dreke et José Maria Tamayo) arrivent à Dar-es-Salam.
13 4 65: Le quotidien Revolucion publie l'article du Che "Le socialisme et l'hom-me nouveau à Cuba".
19 4 65 : L'absence du Che lors de la célèbration de la victoire de Playa Giron et des obsèques de Cesar Escalante est utilisée par les services secrets nord-américains et par les agences de presse internationales pour diffuser des rumeurs sur sa disparition et lancer une nouvelle campagne de calomnies.
- 19 avril 65: Arrive à Dar Es Salaam, se réunit avec les Cubains et choisit leur pseudonymes
- 22 avril 65: Arrive à Kigoma (lac Tanganyka)
23 4 65 : Le Che et ses hommes traversent le Lac Tanganika.
- 24 avril 65: Arrive à Kibamba au Congo. Les Cubains arrivent par groupes.
Vivre avec le Che à l'âge de 16 ans au Congo
Témoignage par Freddy Ernesto Ilunga Ilanga (médecin, neurochirurgien et traducteur de swahili), Mars 2005
Vers 4h du matin, le 24 avril 1965, au bord du lac Tanganika, dans la localité de Kibamba, on entendait le ronronnement d'un moteur comme ceux qu'utilisait l'armée de Tschombé, très puissant par rapport à ceux que le village nous prêtait. Je m'approchai du commandant de la base de Kibamba, le Major Lambert. Celui-ci assura qu'il s'agissait de mercenaires de Tschombé à cause du bruit caractéristique et ordonna de mettre en place la défense et d'attendre qu'ils abordent. Ainsi nous pourrions nous emparer de l'embarcation.
Après une heure environ d'attente, on pouvait voir l'embarcation avec un de ses passagers à la proue qui entonnait des chansons révolutionnaires et on s'aperçut qu'il s'agissait de Chamalesso, connu comme envoyé de Kabila.
Quatorze camarades cubains débarquèrent, que l'on nous présenta comme instructeurs de guerre et de guérilla. Deux avaient la peau blanche et les autres étaient noirs. Les noms qui servaient à les identifier paraissaient étranges en swahili : c'étaient des nombres arithmétiques de un à dix suivis de multiples de dix, c'est-à-dire : Moja (1), Mbili (2), Tatu (3), Ine (4) jusqu'à Kumi (10) suivis de Ishirini (20), Sarasini (30), Arubaini (40), Hamusini (50).
Ils s'établirent dans une chaumière à 200 mètres du lac, derrière les chaumières congolaises sur le chemin des gorges du fleuve Kibamba. J'avais 16 ans et 4 mois révolus.
Les Congolais disaient qu'à Cuba, noirs et blancs jouissaient de droits identiques et que le chef de leur groupe était le noir Moja (1).
Je ne savais qu'une chose de Cuba, apprise en classe de géographie à l'école secondaire avec des professeurs haïtiens de l'UNESCO : " Cuba était un pays de rebelles malfaisants qui avaient pris le pouvoir par la force des armes, avaient tué des gens honnêtes et leur avaient pris leurs biens ". Chaque fois que je croisais les Cubains en allant au fleuve, nous échangions des salutations par gestes mais je notai que le dénommé Tatu (3) qui avait été présenté comme médecin traducteur, avait un salut sec et un regard ironique. Jamais je ne le vis frayer avec ses compatriotes, il était toujours en train de lire de gros livres. Je commençai à éprouver une certaine antipathie pour lui, le prenant pour un petit blanc bouffi d'orgueil et jouant les intellectuels dans la forêt.
- 18 mai 65: Installe le campement.
Mitudidi arriva le 28 mai 1965 comme chef d'état-major à Kibamba (j'avais connu Mitudidi à Uvira, comme il était congolais, je dus lui servir de traducteur parce qu'il ne parlait pas le swahili). Peu après, Tatu payait sa dîme de paludisme avec une forte fièvre, à la base de Luluabourg.
Les après-midi, j'avais l'habitude d'aller voir François, lieutenant de Mitudidi. Lors d'une de mes visites, je ne trouvai pas François et Mitudidi conversait au téléphone avec le commandant de la base de Luluabourg, ordonnant que l'on donne toute l'aide possible à Tatu, qui était malade " et qui était la troisième personnalité de Cuba ". A la fin de la conversation, il s'aperçoit que je l'avais écouté et il me dit que ce que je venais d'entendre était un secret et que celui qui le révèlerait serait considéré comme un traître, c'est-à-dire fusillé.
Cette semaine-là, je fus appelé par le chef d'état-major Mitudidi Léonard et je reçus l'ordre d'enseigner le swahili à Tatu et aux autres membres de son groupe et de leur traduire du français en swahili. La tâche fut difficile à cause de l'antipathie que j'avais pour mon nouveau chef avant de le connaître et parce que je devais garder son identité secrète sous la menace et à cause de son regard sévère et studieux qui observait son interlocuteur avec ironie, et ne permettait pas de rompre la glace au premier abord. J'en étais arrivé à penser que c'était de l'autosuffisance face à un ignorant. C'est ainsi que je me présentai à Tatu comme son professeur et traducteur de swahili.
Au cours de notre première rencontre, sous un arbre où il avait l'habitude de lire ses livres volumineux assis sur une énorme pierre, avec à sa droite un défilé profond comme un abîme au fond duquel courait le fleuve Kibamba avant d'arriver au lac, nous avons mis au point la méthodologie de l'enseignement du swahili. Au cours des trois premières rencontres, je note que les Cubains Mbili (2), Nane (8) et Kumi (10) m'observent attentivement . Ils surveillaient tous mes mouvements quand j'étais avec Tatu (3). Cette surveillance me montrait que ce que j'avais entendu au téléphone était vrai, à savoir qu'il était la troisième personnalité de Cuba. Mais alors le noir Moja (1), quel rang occupait-il ?
Je commençai à avoir des doutes sur ce qu'on nous avait dit au sujet de la hiérarchie des Cubains, ma curiosité était éveillée. Si Tatu était médecin traducteur et Moja chef du groupe, comment était-il possible que le chef Moja qui s'était perdu rendre des comptes sur son absence à son interprète à son retour ? Ces cubains nous prenaient pour des imbéciles… Où a-t-on vu ici un noir commandant à un blanc ? Dés lors, je conclus que le chef était Tatu, si ça avait été le contraire, pendant les absences de Moja comme chef de groupe, Tatu comme traducteur du chef et moi comme traducteur du traducteur, nous aurions dû être avec Moja hors du campement.
La base permanente de Luluabourg se trouve à 1800 pieds de hauteur sur le coteau de Kibamba. De la base du coteau à son sommet il y a deux kilomètres dont l'hypoténuse est presque perpendiculaire.
A notre première ascension, nous sommes redescendus le jour même. Je pensais que Tatu avait oublié quelque chose à Kibamba mais à mon grand étonnement, cette manœuvre se répéta. Alors, je me demandai : " Chez ce petit blanc, il n'y a pas de montagnes ? Pourquoi cette façon de monter et de descendre presque chaque jour ? "
Dans cette grimpette, Tatu prenait un petit appareil comme un porte-cigarettes où il mettait quelques gouttes transparentes et il se vaporisait la bouche, chose qui me parut extraordinaire et je pensai : " Voilà que Fidel Castro nous a envoyé des guérilléros qui se parfument la bouche ".J'ajoutai : " Peut-être qu'il a la peste dans la bouche " Et il en était ainsi parce que cela se passait toujours dans la montée, je le trouvai fatigué et je me dis : " Ce petit blanc va crever avec sa manie de monter et descendre ".
Lors de l'une de nos montées, on fit le trajet dans le double du temps habituel et il employa souvent son petit vaporisateur. J'étais mort de curiosité, alors je lui demandai : " Camarade Tatu, pourquoi te parfumes-tu la bouche ? "
Au milieu de ses difficultés respiratoires, il essaya de m'expliquer qu'il souffrait d'une maladie qui s'appelait " asthme ". Je ne compris qu'une chose, c'est qu'il était malade, je ne savais pas ce que signifiait " asthme ". Cela me déprima. Dans la soirée, il m'appela pour m'expliquer de quoi il s'agissait.
Au campement permanent de Luluabourg, la température moyenne pendant le jour était de 15° et à cause des feuillages, le soleil ne passait pas et la terre restait humide. Il était impossible de dormir par terre. Ce qui m'appartenait se réduisait à une couverture.
Les derniers membres de la colonne, à dix heures du soir, dormaient dans leur hamac, les seuls réveillés étaient Tatu, qui lisait et moi, qui demandais à tous les saints du Congo que le chef n'ait pas l'idée de donner l'ordre de descendre à Kibamba à cette heure. Dans ce but, je rompis le silence et demandai la permission d'aller dormir dans la baraque des Congolais mais il refusa et il m'invita à partager son grabat. Ce mauvais lit était un brancard monté sur quatre bâtons et rempli de paille sèche et nous passâmes toute la nuit à nous donner des coups de tête.
Dès lors, je ne le considérai plus de la même façon. Avec une relent de racisme, je remarquai : " dans la baraque, nous étions en majorité des noirs mais personne n'avait condescendu à partager sa couverture, mais le petit blanc m'avait prédit une pneumonie sur cette terre humide. Serait-il plus humain que ses compatriotes ? "
- juin-novembre 65: les Cubains participent à une cinquantaine d'opérations.
Un jour de juin, alors que montions comme de coutume vers la base de Luluabourg, un guerillero congolais surnommé " l'Ougandais " nous rejoignit et nous apprit la mort de Mitudidi, noyé dans le lac. Il y avait à peine deux heures que Tatu et Mitudidi s'étaient dit au revoir avant notre ascension. La nouvelle nous donna un choc, ce fut la première fois que je vis un changement sur le visage de Tatu, un visage abattu à cause d'une espérance perdue. Je devais revoir ce visage après le combat de Forcé Bandera où moururent quatre Cubains.
A trois heures de l'après-midi, nous redescendîmes à Kibamba. Malgré l'utilisation de filets de pêche pour retrouver le corps, celui-ci ne remonta pas avant 48 heures. A ses funérailles, Tatu dit : " Le peuple congolais a perdu un fils qu'il lui sera difficile de remplacer. "
D'après ce que j'ai appris par leurs conversations, Mitudidi et Tatu s'étaient bien entendus dans la structuration du programme de lutte, conversations auxquelles je ne participai pas parce qu'ils se comprenaient en français. Un de leurs plans était : le front est du Congo se diviserait en trois fronts, sud, nord et centre. Mitudidi s'occuperait du front nord, Tatu du centre avec la responsabilité d'appuyer les deux autres fronts et le groupe de Kikuyo s'occuperait de celui du sud. Tous les fronts seraient sous la supervision des Cubains commandés par Tatu. Tatu comme responsable du front central avait comme objectif principal de se rapprocher des territoires d'opérations de Mulele. Restait un problème : coordonner ces forces avec celles de Mulele pour avancer vers l'est. Mitudidi mort, le rêve de Tatu s'écroulait, son visage refléta cette pensée devant ce mauvais coup du destin.
21 8 65 : Un groupe de combattants internationalistes cubains arrive au Congo Brazzaville.
- 16 nov 65: la décision du retrait est prise
- 21 nov: 65 arrive à Dar Es Salaam
21 11 65 : Le Che et ses hommes quittent le Congo-Kinshasa et retraversent le Lac Tanganika.
_____________________________________________
Le socialisme et l'homme à Cuba
Ernesto Guevara, "Le socialisme et l'homme à Cuba", réponse à des questions de l'hebdomadaire uruguayen Marcha, publié en espagnol à La Havane en juillet 1965, en français en 1966 (éd. F. Maspéro). On trouvera ci-dessous la seconde moitié.
L’homme que nous devons créer
Dans notre pays, nous ne sommes pas tombés dans l’erreur du réalisme vulgaire, mais dans l’erreur inverse. Et cela, parce que nous n’avons pas compris la nécessité de créer un homme nouveau qui ne soit ni celui du XIXe siècle, ni celui de notre siècle décadent et pourri. C’est l’homme du XXIe siècle que nous devons créer, bien que ce ne soit encore qu’une aspiration subjective et non systématisée. C’est précisément l’un des points fondamentaux de notre étude et de notre travail. Dans la mesure ou nous obtiendrons des succès concrets sur une base théorique et où, inversement, nous tirerons des conclusions théoriques de caractère généra1 sur la base de nos recherches concrètes, nous aurons fait un apport précieux au marxisme-léninisme, à la cause de l’humanité. La réaction contre 1’homme du XIXe siècle nous a fait retomber dans la décadence du XXe siècle; ce n’est pas une erreur trop grave, mais nous devons la réparer sous peine d’ouvrir la voie au révisionnisme.
Les grandesmasses dont la conscience se développe, les idées nouvelles qui progressent parallèlement au sein de la société et les possibilités matérielles d’un développement intégral de tous ses membres, rendent le travail beaucoup plus fructueux. Le présent est fait de luttes; l’avenir nous appartient.
Le péché originel des intellectuels
En résumé, la culpabilité de beaucoup de nos intellectuels et de nos artistes est la conséquence de leur péché originel : ce ne sont pas d’authentiques révolutionnaires. On peut essayer de greffer un orme pour qu’il donne des poires, mais en même temps il faut planter des poiriers. Les nouvelles générations naîtront libérées du péché originel. Plus nous élargirons lé champ de la culture et les possibilités d’expression, plus nous aurons de chance de voir surgir des artistes exceptionnels. Notre tâche est d’empêcher que, déchirée par ses conflits, la génération actuelle ne se pervertisse et ne pervertisse les nouvelles générations. Nous ne devons pas créer des salariés soumis à la pensée officielle, ni des boursiers vivant bien à l’abri de leur bourse et exerçant une liberté entre guillemets. Les révolutionnaires qui chanteront l’homme nouveau avec l’authentique voix du peuple viendront. C’est un processus qui demande du temps.
Dans notre société la jeunesse et le parti jouent un grand rôle. La jeunesse est particulièrement importante, car elle est l’argile malléable avec laquelle on peut construire l’homme nouveau débarrassé de toutes les tares du passé. Elle est traitée conformément à nos ambitions. Son éducation est chaque jour plus complète et nous n’oublions pas de l’intégrer au travail dès le début. Nos boursiers font du travail physique pendant leurs vacances ou bien en même temps que leurs études. Le travail est une récompense. Une nouvelle génération naît.
Le parti, organisation d’avant-garde
Le Parti est une organisation d’avant-garde. Les meilleurs travailleurs sont proposés par leurs camarades pour y être intégrés. Il est minoritaire, mais il a une grande autorité en raison de la qualité de ses cadres. Nous aspirons à ce que le Parti devienne un parti de masse, mais quand les masses auront atteint le niveau de développement de l’avant-garde, c’est-à-dire quand elles seront éduquées pour le communisme. Tous nos efforts vont dans ce sens. Le Parti est un exemple vivant, ses cadres doivent donner des leçons d’ardeur au travail et de sacrifice, ils doivent, par leur action, conduire les masses au bout de leurs tâches révolutionnaires. Ce qui implique des années d’une dure lutte contre les difficultés de la construction du socialisme, les ennemis de classe, les séquelles du passé et l’impérialisme. Je voudrais maintenant expliquer le rôle que joue la personnalité, l’homme en tant que dirigeant des masses qui font l’histoire. Il s’agit de notre expérience et non d’une recette.
Fidel donna son élan à la Révolution pendant les premières années et il l’a toujours dirigée, il a donné le ton. Mais il y a un groupe de révolutionnaires qui évolue dans le même sens que le dirigeant suprême et une grande masse qui suit les dirigeants parce qu’ils ont su interpréter ses aspirations.
Pour que l’individu se sente plus riche
Il ne s’agit pas du nombre de kilos de viande que l’on mange, ni du nombre de fois où l’on peut aller à la plage, ni du nombre d’articles de luxe importés que l’on peut s’acheter avec les salaires actuels. Il s’agit précisément que l’individu se sente plus riche intérieurement et beaucoup plus responsable. L’homme de notre pays sait que la glorieuse époque qui lui est échue est une époque de sacrifice, il connaît le sacrifice. Les premiers en ont fait l’expérience dans la Sierra Maestra, ensuite nous l’avons connu dans tout Cuba. Cuba est l’avant-garde de l’Amérique latine et parce qu’elle occupe cette place d’avant-garde, parce qu’elle indique aux masses d’Amérique latine la véritable liberté, elle doit faire des sacrifices. A l'intérieur du pays les dirigeants doivent remplir leur rôle d’avant-garde et, il. faut le dire en toute franchise, dans une révolution véritable à laquelle on donne tout et dont on n’attend aucune rétribution matérielle, la tâche du révolutionnaire est à la fois magnifique et angoissante. Permettez-moi de dire, au risque de paraître ridicule, que le vrai révolutionnaire est guidé par de grands sentiments de générosité; il est impossible d’imaginer un révolutionnaire authentique sans cette qualité. Peut-être est-ce là un des grands drames du dirigeant; il doit allier à un tempérament passionné une froide intelligence (et prendre de douloureuses décisions sans que se contracte un seul de ses muscles). Nos révolutionnaires d’avant-garde doivent idéaliser cet amour des peuples, des causes les plus sacrées, et le rendre unique, indivisible. Ils ne peuvent exercer leur sensibilité quotidienne au même niveau que les autres hommes.
L’internationalisme prolétarien est un devoir
Les dirigeants de la Révolution ont des enfants qui, dans leurs premiers balbutiements, n’apprennent pas leur nom et des femmes qui sont, elles aussi, sacrifiées au triomphe de la Révolution. Le cadre des amis correspond strictement à celui des compagnons de la Révolution. En dehors d’elle il n’y a pas de vie. Dans ces conditions, il faut avoir beaucoup d’humanité, un grand sens de la justice et de la vérité pour ne pas tomber, dans un dogmatisme extrême, dans une froide scholastique, pour ne pas s’isoler des masses.
Tous les jours il faut lutter pour que cet amour de l’humanité se manifeste par des faits concrets qui servent d'exemple et qui soient. mobilisateurs.
Le Révolutionnaire — dans son Parti — moteur idéologique de la Révolution, se consume dans cette tâche ininterrompue qui ne se termine qu’avec la mort, à moins que la construction du socialisme n’aboutisse à l’échelle mondiale.
Si son ardeur révolutionnaire s’émousse une fois les tâches les plus urgentes réalisées. à l'échelle locale, et s’il oublie l’internationalisme prolétarien, la Révolution qu’il dirige cesse d’être une motrice et s’enfonce dans une confortable torpeur qui est mise à profit par nos irréconciliables ennemis, les impérialistes, qui, alors, gagnent du terrain. L’internationalisme prolétarien, est un devoir, mais c’est aussi une nécessité révolutionnaire. C’est ce que nous apprenons à notre peuple.
Les dangers du dogmatisme et nos faiblesses
Il est certain que la situation actuelle comporte des dangers. Non seulement celui du dogmatisme, non seulement celui de figer nos rapports avec les masses au milieu de notre grande tâche, mais aussi des faiblesses dans lesquelles nous pouvons tomber. Un homme qui consacre sa vie entière à la Révolution ne peut se laisser distraire par la pensée de ce qui manque à un enfant, de ses chaussures usées, du strict nécessaire qui manque à sa famille. S’il se laisse hanter par ces préoccupations, il crée un terrain favorable au développement de la corruption.
Nous avons toujours soutenu, quant à nous, que nos enfants doivent posséder les mêmes choses que les autres enfants, mais qu’ils doivent aussi être privés de ce dont sont privés les autres enfants. Notre famille doit le comprendre et lutter pour cela. La Révolution se fait au travers de l'homme mais il faut que celui-ci forge, jour après jour, son esprit révolutionnaire.
C’est ainsi que nous avançons. A la tête de l'immense colonne — nous n'avons pas honte de le dire — marche Fidel, derrière lui vont les meilleurs cadres du Parti et, immédiatement après, si près que l’on sent sa force énorme, vient l'ensemble du peuple qui marche fermement vers le but commun. Il est composé d’individus qui ont acquis la conscience de ce qu’il faut faire, d’hommes qui luttent pour sortir du royaume de la nécessité et entrer dans celui de la liberté.
Cette foule immense s’ordonne, sa discipline correspond à une nécessité comprise par tous, ce n’est plus une foule dispersée, divisible à l’infini, dans laquelle chacun essaie, par n'importe quel moyen, par une lutte acharnée contre ses semblables, de trouver un appui face à l’avenir incertain.
Nous savons que nous avons encore des sacrifices à faire, et que nous devons payer pour notre situation héroïque de nation d’avant-garde. Nous autres, dirigeants. nous devons payer pour avoir le droit de dire que nous sommes à l’avant-garde du peuple qui est à la tête de l'Amérique latine.
Nous payons tous, régulièrement, notre part de sacrifices, conscients d’être récompensés par la satisfaction du devoir accompli et d’avancer tous ensemble vers l’homme nouveau que l'on aperçoit à l'horizon.
Nous sommes plus libres parce que nous sommes plus riches.
_____________________________________________________
3 octobre 1965: le monde entier se demande où est passé le Che.Fidel Castro rend publique sa lettre d'adieux aux Cubains
En août 1965, il écrit ses adieux à sa femme Hilda : "J’ai arpenté les chemins d’Amérique. Chez les Mayas, au Guatemala, pour découvrir une révolution. Là, j’ai croisé la route d’une camarade qui est devenue mon guide. Ensemble nous avons vécu avec l’idée de défendre ce petit pays contre les Yankis. Maintenant, l’heure est venue pour moi de combattre, cette fois dans un autre petit pays, un morceau de notre continent, pour en déloger l’exploitation et la misère. Avec la volonté de construire un monde meilleur dans lequel tu vivras."
À ses enfants, il écrit en guise de testament: "Grandissez comme de bons révolutionnaires. Étudiez beaucoup pour pouvoir dominer la technique qui permet de dominer la nature. Souvenez-vous que la révolution est ce qui importe et que chacun de nous, seul, ne vaut rien. Surtout, soyez toujours capables de sentir au plus profond n'importe quelle injustice commise contre quiconque dans n'importe quelle partie du monde. C'est la plus belle qualité d'un révolutionnaire."
De la femme, il écrit: "La femme est d’une extraordinaire importance dans un processus révolutionnaire. Elle est capable de réaliser les travaux les plus difficiles, de combattre avec les hommes […] Elle assure le travail qui est, peut-être, le plus important pour mener une révolution à bien : la communication entre les diverses forces combattantes."
3 octobre 1965:le monde entier se demande où est passé le Che. Fidel Castro rend publique sa lettre d'adieux aux Cubains
novembre 1965:le président tanzanien Julius Nyerere demande aux Cubains de se retirer du Congo, le Che revient à Dar-es-Salaam, où il passe quelques semaines, puis se rend à Prague
_________________________________
Réflexion critique et autocritique sur une expérience de guérillero au Congo
Jusqu'en 1994, on ignorait que le Che avait non seulement tenu son journal au Congo [bientôt rebaptisé Zaïre par Mobutu, devenu République démocratique du Congo sous Kabila], mais rédigé à partir de celui-ci un manuscrit intitulé Passages de la guerre révolutionnaire (le Congo). Ce texte, dont est reproduit ici le début, est loin d'être seulement un journal de guérilla, c'est aussi une véritable analyse de la lutte en Afrique.
Ceci est l'histoire d'un échec. Ce récit comprend des détails anecdotiques propres aux épisodes de la guerre, mais il est nuancé d'observations et d'esprit critique, car je considère que, si ce récit peut avoir une certaine importance, c'est parce qu'il permet de montrer une série d'expériences utiles à d'autres mouvements révolutionnaires. La victoire est une grande source d'expériences positives, mais la défaite aussi, et plus encore à mon avis, lorsque, comme c'est le cas, acteurs et narrateurs sont des étrangers qui sont allés risquer leurs vies sur un territoire inconnu, de langue différente, auquel ils n'étaient attachés que par les liens de l'internationalisme prolétarien, inaugurant une méthode inédite dans l'histoire des guerres de libération modernes. [...]
Plus précisément, cette histoire est l'histoire d'une décomposition. Lorsque nous sommes arrivés sur le territoire congolais, la révolution était dans une période de récession. Ensuite sont survenus des épisodes qui allaient entraîner sa régression définitive : pour le moment du moins, sur cette scène de l'immense champ de lutte qu'est le Congo.
Ce récit se termine par un épilogue qui pose les questions de la lutte en Afrique et, en général, de la lutte de libération nationale contre la forme néocoloniale de l'impérialisme qui constitue son expression la plus redoutable, compte tenu des ruses et des subtilités employées par les puissances impérialistes qui ont une longue expérience dans ce domaine.
En plus de cent cinquante feuillets serrés, corrigés par de brèves annotations de sa main, le Che revient en détail sur l'histoire vécue depuis avril et cherche finalement à établir un bilan personnel qui lui permette d'ouvrir une porte vers le futur.
Je dois maintenant me livrer à l'analyse la plus difficile, celle de mon rôle. J'ai approfondi, dans la mesure du possible, mon analyse autocritique, et j'en suis arrivé aux conclusions suivantes : du point de vue des rapports avec la direction révolutionnaire, j'ai été bloqué par la façon un peu anormale dont je suis entré au Congo, et je n'ai pas été capable de surmonter ce handicap. Mes réactions ont été variables; j'ai gardé pendant très longtemps une attitude que l'on pourrait qualifier d'excessivement complaisante, mais j'ai parfois explosé de manière tranchante et très blessante; peut-être est-ce chez moi un comportement inné; le seul secteur avec lequel j'ai certainement entretenu des rapports corrects, ce sont les paysans, car je suis plus habitué au langage politique, à l'explication directe et à l'exemple, et je crois que j'aurais eu du succès dans ce domaine. Je n'ai pas appris le swahili assez vite et assez à fond; c'est un défaut qui peut être attribué à ma connaissance du français, ce qui me permettait de communiquer avec les chefs, mais m'éloignait de la base. J'ai manqué de volonté pour fournir l'effort nécessaire.
En ce qui concerne le contact avec mes hommes, je crois m'être suffisamment sacrifié pour que personne ne puisse rien me reprocher au niveau personnel ou physique. Mais mes deux faiblesses fondamentales ont trouvé de quoi se satisfaire au Congo : le tabac, qui m'a très peu manqué, et la lecture qui a toujours été abondante. Avoir une paire de bottes déchirées ou du linge sale, manger à la même gamelle que la troupe et vivre dans les mêmes conditions n'était pas précisément confortable, mais pour moi cela n'était pas un sacrifice. Le fait surtout de m'éclipser pour lire, fuyant ainsi les problèmes quotidiens, avait tendance à m'éloigner du contact avec les hommes, sans parler de certains aspects de mon caractère qui rendent difficile une certaine intimité. J'ai été dur, mais je ne crois pas l'avoir été excessivement; injuste non plus. J'ai utilisé des méthodes qui ne sont pas celles d'une armée régulière, comme la privation de nourriture; c'est la seule que je connaisse qui soit efficace dans la guérilla. Au début j'ai voulu imposer des contraintes morales, et j'ai échoué. J'ai essayé de faire adopter par les hommes le même point de vue que moi sur la situation, et j'ai échoué; je n'étais pas préparé à regarder avec optimisme un futur qu'il aurait fallu savoir distinguer à travers les brumes aussi noires que le présent.
Je n'ai pas osé exiger le sacrifice maximum au moment décisif. Cela a été un blocage intérieur, psychique. Pour moi c'était très facile de rester au Congo; du point de vue de l'amour propre du combattant, c'était ce qu'il fallait faire; du point de vue de mon attitude future, ce n'était peut-être pas ce qui convenait le mieux, mais cela m'était indifférent à ce moment-là. Pendant que je pesais mûrement ma décision, le fait de savoir combien le sacrifice décisif était facile pour moi a joué contre moi. Je considère que j'aurais dû surmonter le poids de cette analyse critique, et imposer à un certain nombre de combattants le geste final: même peu nombreux, nous aurions dû rester.
Finalement, ce qui a joué dans mes rapports avec les hommes, je m'en suis aperçu, même si c'est complètement subjectif, cela a été la lettre d'adieu à Fidel. Après cette lettre, les camarades m'ont vu de la même façon que plusieurs années plus tôt, quand j'ai commencé dans la Sierra, c'est-à-dire comme un étranger en contact avec des Cubains; à cette époque, celui qui arrivait; et à présent, celui qui partait. Il y avait certaines choses en commun que nous ne partagions plus, certaines aspirations auxquelles de manière tacite et explicite j'avais renoncé, et qui sont sacrées pour tout homme : sa famille, sa terre, son milieu. La lettre, qui avait soulevé tant de commentaires élogieux à Cuba et au-dehors, me séparait des combattants. Ces considérations psychologiques dans l'analyse d'une lutte à l'échelle presque continentale peuvent sembler insolites. Je reste fidèle à mon concept de noyau: j'étais le chef d'un groupe de Cubains, un simple détachement, et ma fonction était d'être leur chef réel, celui qui les conduisait vers une victoire qui devait donner l'impulsion au développement d'une authentique armée populaire. Mais ma situation particulière me transformait en même temps en soldat, en représentant d'un pouvoir étranger, en instructeur de Cubains et de Congolais, en stratège, en politique de haut vol sur une scène inconnue. Et en Caton-censeur, rabat-joie et rabâcheur, dans mes rapports avec les chefs de la révolution. En tirant sur tous ces fils, un nœud gordien s'est formé que je n'ai pas osé trancher. Si j'avais été davantage un authentique soldat, j'aurais pu peser plus efficacement sur certains aspects de mes rapports complexes aux autres. J'ai raconté comment au bout du compte j'en étais arrivé à prendre soin du cadre (ma précieuse personne) dans les moments de désastre où j'étais entraîné, et comment je n'ai pas pu surmonter des considérations subjectives au moment final.
Les dernières annotations du Che sur le manuscrit terminé remontent aux premiers mois de l'année 1966. Le livre Pasajes de la guerra revolucionaria: Congo(347 p.) a été publié à Cuba en 1999.
Ces notes seront publiées longtemps après avoir été dictées, et peut-être l'auteur ne pourra-t-il pas assumer la responsabilité de ce qui est dit ici; le temps aura arrondi bien des angles et, si la publication revêt une certaine importance, les éditeurs pourront y faire les corrections qu'ils considéreront nécessaires, par des rappels pertinents, afin d'éclaircir les événements ou les opinions à la lumière du temps décanté.
_____________________________________
3 janvier 1966: la conférence tricontinentale crée à La Havane l'Organisation de solidarité des peuples d'Afrique, d'Asie et d'Amérique.
avril 1966: à la suite de l'échec à relancer la révolution en sol africain, Che séjourne en Tchécoslovaquie, puis rentre secrètement à Cuba; selon une autre version peu crédible, il voyage clandestinement dans plusieurs pays d'Amérique du Sud.
La mort d'Ernesto juillet 1966: le Che rentre à La Havane où il reste clandestin et prépare la guerilla de Bolivie, dans une ferme de Pinar del Rio
juillet 1966:le Che rentre à La Havane où il reste clandestin et prépare la guerilla de Bolivie, dans une ferme de Pinar del Rio
4 10 66 : Fidel et le Che se font leurs adieux.
|