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Andrés Lujan Vazquez
Le succès du débarquement à Cuba, plan ambitieux, s'articule sur la capacité des militants urbains à concentrer les forces de l'armée cubaine, à La Havane et à Santiago de Cuba, assez longtemps pour convaincre Batista et ses généraux qu'ils font face à une insurrection dans tout le pays plutôt qu’à une force d'invasion de quelques hommes dans la province de l'Oriente.
Batista ne disloquerait probablement pas les garnisons de La Havane ou de Santiago pour engager Castro dans Oriente tant que Fidel ne menacerait pas les deux plus grandes villes.
Castro a conclu une alliance avec le Directorio Revolucionario, Directoire Révolutionnaire, un groupe insurrectionnel basé à l'université de La Havane.
Les soupçons mutuels, entre le M-26-7 et le DR, expliquent, en partie, pourquoi le Directorio Revolucionario est resté inactif le 30 novembre 1956.
Castro ne peu y compter que sur une poignée de militants, menée par Frank País.
País n'a pas les moyens de monter à l'assaut de Moncada, volontaires civils et munitions lui font, par trop, défaut.
Frank País ne commande que vingt-huit rebelles qu'il concentre sur le commissariat de police.
Les habitants de Santiago ne se joignent pas en assez grand nombre au soulèvement, impossible d'inquiéter plus de mille hommes cantonnés à Moncada.
Il était prévu que les rebelles de Santiago seules devaient détourner l'armée cubaine loin des forces d'invasion du Granma.
La stratégie de Castro était basée sur la certitude que des milliers de Cubains les rejoindraient immédiatement dans la rébellion contre Batista.
Castro a emprunté sa stratégie militaire à une source traditionnelle et conventionnelle : José Martí, qui a mené la guerre d'indépendance en 1895.
Martí avait organisé une armée rebelle en Floride et projeté d'envahir Cuba par l'Oriente sur trois yachts depuis Fernandina en Floride.
Martí a prévu de coordonner son invasion avec un soulèvement général sur l'île, empêchant de ce fait l'armée et la marine espagnoles de concentrer ses forces très supérieures contre les unités rebelles largement dispersées.
Le projet, éventé par les autorités espagnoles, les trois navires sont saisis par les autorités américaines aux Etats-Unis, le 14 janvier 1895.
Un peu plus de 60 ans plus tard : Castro n'a pas encore de bateau à sa disposition mais une grande partie de son matériel est saisi par les autorités mexicaines, supervisées par les Américains, durant l'été 1956.
José Martí a coordonné l'insurrection cubaine autour des cellules révolutionnaires secrètes implantées à Cuba, au 25 février 1895.
Les autorités espagnoles écrasent cette conspiration.
Batista maîtrisera l'agitation du 30 novembre 1956 bien plus facilement, presque "en douceur".
Six semaines après sa tentative de soulèvement général, Martí débarque secrètement à Cuba d'un petit bateau, accompagné du Général Máximo Gómez et quatre autres hommes dans une opération discrète non détectée par les patrouilles navales espagnoles.
Le débarquement du Granma, qui devait se dérouler le 30 novembre, est près 14 fois plus important tout en restant fort restreint, il est attendu et localisé par l'armée gouvernementale.
Si José Martí tombe à sa première escarmouche due au hasard, Castro échappera à la débâcle d'Alegria de Pio, la liquidation programmée de son expédition.
Andrés Lujan Vazquez, comme la majorité des hommes du Granma, ne verra pas la victoire de la Révolution.
L'armée se chargera de son départ au côté de Martí, après l'avoir sauvagement torturé, le 8 décembre 1956, 6 jours après le débarquement.
L'Histoire se répète : la révolution de José Martí, comme celle de Fidel Castro, a triomphée.
L'une comme l'autre vont se retrouver, très vite, confrontées au néo-colonialisme du grand voisin du nord, les Etats-Unis.
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