Arturo Chaumont Portocarrero

Arturo Chaumont Portocarrero fait partie des officiers de Fidel Castro au moment du débarquement du Granma à Cuba, le 2 décembre 1956, pas de son Etat-major. Il ne sait donc rien de la stratégie mise en place dans le but de renverser Batista et de rétablir la Constitution, la démocratie. Le débarquement est en réalité un naufrage, rien ne fonctionne dans le plan initial ; les impondérables y sont bien trop nombreux. La grande majorité des expéditionnaires seront pris, abattus ou, plus simplement, renonceront en prenant conscience, au soir du 5 décembre, qu'ils vivent, pour certains revivent, une débandade de la veine de l'attaque de Moncada.
Au crédit de Castro, on remarque pourtant que Moncada a apporté une expérience : cette fois ci, Fidel a développé un plan d'urgence. Il a préparé une solution de replis pour lancer une campagne de guérilla depuis la Sierra Maestra s'il ne prenait pas à prendre la garnison de Niquero, comme prévu. Pourtant Castro a clairement privilégié une victoire rapide par des grèves, un soulèvement, et plutôt conventionnelle à la perspective plus intimidante d'une victoire basée sur une campagne prolongée de guérilla. Castro croit peu à la viabilité et au potentiel de la guérilla, contrairement à Ernesto Guevara qui, quelque part, le fascine. Si ses grèves initiales prévues avaient produit le soulèvement populaire prévu, il aurait pu marcher sur Santiago de Cuba à la tête d'une armée conventionnelle dans les quelques semaines après l'atterrissage du Granma. Son plus populaire commandant prendra La Havane deux ans plus tard, à la tête de sa colonne de guérilleros, marquant ainsi la victoire de la révolution armée. Fidel Castro, lui, sera à Santiago de Cuba début janvier 1959, Fidel n'est pas homme à renoncer !
Che Guevara a travaillé dur sur la théorie de la guérilla au Mexique, sans jamais vraiment enthousiasmer l'avocat Castro sur l'idée de survivre dans un environnement hostile, de s'y installer, et, de là, étendre sa zone d'influence en s'appuyant sur ses rares habitants et des attaques déstabilisantes pour le gouvernement, sur des cibles stratégiques. La décision de Castro à se rallier aux idées de Guevara a été tardive. Un stratège l'aurait prise avant le départ précipité de Tuxpan, au plus tard dans la journée du 1 décembre 56. Castro l'a prise les pieds dans l'eau de la mangrove au plus tôt ou au pire dans la soirée du 5 décembre. Personne n'en sait rien et n'en saura jamais rien, Fidel, si prompt à écrire l'histoire de sa propre main, ne doit lui-même plus en être trop sûre.
Au soir d'Alegría de Pío, le désastre ne laisse aucun doute sur l'échec de la stratégie initiale. Le concept abstrait de guérilla doit devenir une réalité pour Castro. Il est seul au milieu de quelques hommes là un peu par hasard ; rejoindre la Sierra est la dernière solution possible, il y sera toujours temps d'y faire un bilan. Une vingtaine d'hommes vont se retrouver sur ce chemin, ce qui tendrait à démontrer que l'option Sierra a été prise avant la fin de l'après-midi du 5 au plus tard. Le Che arrive avec les derniers, ils ne sont pas bien nombreux, certaines pertes sont graves, mais le politicien et le théoricien sont là.
A partir des expériences négatives, Guevara, avec l'appuis de Castro, va revoir, développer ses principes de base qu'il mettra par écrit plus tard dans La Guérilla : le principe fondamental est qu'aucun bataille, combat, ou escarmouche ne doit être combattue à moins qu'elle soit gagnée. C'est vrai qu'avec 20 hommes, il devient important d'arrêter d'en perdre bêtement. Dans la phase initiale d'une campagne de guérilla, la charge essentielle du guérillero doit être de se garder d'être détruit. Il ne fait aucun doute que le bouillant Guevara a appris ces vérités douloureuses pendant les trois jours entre le débarquement du Granma et sa conclusion à Alegria de Pio, le momment ou jamais.
Pour lancer sa campagne de guérilla en Bolivie, 1966, Che Guevara a expédié de petites unités rebelles tout autour du continent pour les faire converger en Bolivie orientale ; un exemple de manuel d'infiltration secrète. Cette opération se terminera on ne peut plus mal. Une des plus percutantes campagnes de guérilla du XXème siècle n'a, elle, pas commencée par le début. Elle démarre par une traversée, des hommes et du matériel, de 1'200 milles, à travers des eaux hostiles. Il n'y avait aucune certitude de victoire dans la stratégie de Castro, l'annihilation complète de l'entreprise était le résultat plus probable. La révolution cubaine ne pouvait y passer plus près sans succomber. Un peu plus de deux ans plus tard, elle sera triomphante. Arturo Chaumont Portocarrero a lui disparu au soir du 5 décembre 56.

Arturo Chaumont Portocarrero Quelques objets perdus dans la mangrove par les expéditionnaires du Granma Carte de 3 premiers jours, décembre 1956



Les 82 expéditionnaires du Granma                 Cuba