Carlos Bermúdez Rodriguez

Carlos Bermúdez Rodriguez est né à Placetas, ancienne province de Las Villas, Cuba, en 1933. En 1952 il suit sa famille à La Havane. A moins de 20 ans, il est déjà un habitué du 107 de la rue Prado, le quartier général du Parti Orthodoxe. Le 10 mars 1952, jour du coup d'état de Fulgencio Batista, Bermúdez, ne se rend pas à son travail dans une tannerie de Regla, petite ville de la banlieue de La Havane. De l'université, de partout, les gens sortaient pour essayer de faire quelque chose contre Batista. Ce jour là, Carlos Bermúdez, perd son travail et prend le chemin qui le conduira à participer à l'écriture de l'Histoire. Les Moncadistes survivants sont libérés en mai 1955. Carlos Interián présente Carlos à Melba Hernandez et Haydée Santamaría. Carlos Bermúdez rejoint le Mouvement du 26 Juillet. Sa première mission est la distribution, discrète, de L'Histoire m'Acquittera, écrit par Fidel Castro à la prison de l'Ile des Pins, à Guanabacoa. Fin 1955 les chefs du mouvement lui demandent s'il veut aller au Mexique. J'ai immédiatement commencé à réunir les documents et ai pu donner mon passeport, début 1956.
Carlos Bermúdez est arrêté avec d'autres militants du Mouvement 26 juillet, rue Juan Bruno Zayas, lors d'une rencontre avec Faustino Pérez. En mars, Carlos Bermúdez est un passager de troisième classe sur un bateau italien qui rallie le Mexique par la La Havane. Il voyage, sans le savoir, sur le même bateau qu'Universo Sánchez et un autre futur compagnon. Raúl Castro en personne les attend au port de Veracruz. A Mexico, Fidel, Jesús Montané et le journaliste Félix Elmuza sont à la gare routière, rien de moins. Ils font connaissance avant que Félix ne les conduise chez Maria Antonia González. Carlos s'y installe, au milieu d'autres exilés cubains, 5 rue Insurgentes, Mexico, et devient Guajiró.
Avec eux, il commence sa préparation physique par de grandes marches à travers les avenues de la capitale mexicaine avant de fréquenter la salle de gymnastique de Bucarelli, où il rencontre le Che pour la première fois. Près de 50 ans plus tard, Carlos Bermúdez se rappelle chaque détail : les longues marches, les entraînements de tir au pistolet, au Springfield 3006, la formation militaire donnée par le Général Bayo, vétéran républicain de Guerre Civile Espagnole. A l'hacienda, nous avons bu l'eau d'un puits souillé. Ciro Redondo, le responsable du ravitaillement, est arrivé avec quelques seringues, mais personne n'en a voulu. Le Che en a pris une est m'a demandé de lui faire l'injection. J'ai refusé, lui jurant que jamais de ma vie je n'injecterais un produit mal défini à un de mes semblables. Carlos est persuadé que c'est ce jour qu'à débutée son amitié avec le Che qui se développera après la victoire militaire de la révolution. L'état d'Antonio Darío López, El Gallego, est devenu inquiétant après cet empoisonnement. Il est immédiatement transporté à Mexico, dans la maison où vivent Keper et Copérnico. Le 20 juin 1956 Bermúdez est avec Fidel venu aux nouvelles d'El Gallego quand la police fait irruption dans la maison, en pleine nuit. Carlos Bermúdez, parvenu à s'échapper, se précipite au ranch Santa Rosa, où ils s'entraînaient, pour prévenir Raúl et Héctor Aldama. Persuadés que la vie de Fidel est en danger, Raúl et Juan Manuel Márquez commencent immédiatement les prises de contact pour le faire libérer. C'est un moment critique pour le mouvement. Bermúdez, Arsenio García, Calixto Morales et d'autres camarades sont expédiés à Veracruz se réfugier chez le sculpteur espagnol Fidalgo, un ami de Ñico López. Ils sont cachés dans la soupente avant d'emménager dans son atelier. Nous avions très peu de ressources. Pendant le jour nous avons vécu sur la plage, nous ne mangions que la nuit. Quand la situation s'est améliorée, je suis retourné à Mexico dans le plus grand secret. A une dizaine de jours du départ prévu, j'ai transféré deux fois des armes à Tuxpan. Nous avions cantonné dans une jolie maison, le long du fleuve, avec des orangers dans la cour. Chuchú Reyes s'échinait à mettre le Granma en état de naviguer. Je n'ai pas vu le bateau avant le matin du départ, quand Chuchú est venu l'amarrer le long de la berge. Nous avons alors construit un ponton avec quelques planches et des cordes.
Chuchú a chargé un carton d'oeufs et deux jambons à bord du Granma. Il pensait que c'était pour deux ou trois personnes, jusqu'à qu'il voie arriver Carlos avec ses 18 sacs d'oranges cueillies dans la cour de la maison. 82 hommes embarquent silencieusement sur le Granma, pas très loin de Tuxpan au Mexique, cette nuit de novembre 1956. Bermúdez, monte à bord parmi les derniers, et largue les amarres. J'ai eu le privilège de connaître un groupe d'hommes qui étaient convaincus qu'ils pouvaient aller n'importe où. Certains sont morts mais, même s'ils ne le savaient pas, combattaient toujours pour la révolution. Cette nuit du 25 novembre 1956, la navigation est interdite en raison des conditions météo. Fidel organise les postes et distribue quelques instructions de dernière minute. Le bateau glisse, sur un moteur à vitesse réduite, dans la plus totale obscurité. Il atteint la lagune, Fidel a essayé de parler, et chacun a chanté l’hymne national et l'hymne du M-26-7. Un sentiment de bonheur envahit le bateau : le départ est pris, l'engagement de Fidel respecté. Carlos Bermúdez se rappelle : Nous ne nous sommes tous pas adaptés au bateau et nous luttions tous pour trouver un espace pour s'asseoir et se reposer. Fidel a passé le temps à préparer les fusils à y adapter des lunettes de visée. J'ai reçu un de ses fusils des mains de Fidel avec la mise en garde : celui-là est ta vie ! Nous avons ressenti une frustration énorme d'être bloqué en mer tandis que Santiago de Cuba se soulevait le 30 novembre. La marine de Batista a la description du Granma et le recherche déjà bien avant qu'il n'atteigne Las Coloradas.
Ils ne débarquent pas à l'endroit prévu mais en pleine mangrove. Bermúdez est affecté au peloton de Juan Almeida. Le bateau s'est échoué et nous avons dû sauter à l'eau. Fidel avait déjà donné ses ordres aux chefs de pelotons. J'ai joué de malchance de m'enfoncer jusqu'à la poitrine dans le marais. Luis Crespo, qui était très fort, m'a tendu une racine de palétuvier et m'a tiré hors de la boue. Je me suis blessé à la hanche et cela m'était extrêmement pénible de marchez avec la colonne. Sortir du marais était la première bataille. Les ordres de Fidel, qui étonnent, sont de marcher dans la direction d'où le soleil se lève. Les membres d'expédition, dispersés, progressent ainsi jusqu'à leur rencontre avec leur premier campesino, Zoilo Vega, qui les ravitaille tant bien que mal. Le 5 décembre c'est la catastrophe d'Alegria de Pio. Calixto García, Calixto Morales et moi-même sommes venus ensembles dans cet enfer et je suis vivant aujourd'hui grâce à leur aide. García est un vétéran de Moncada et un des hommes les plus expérimenté, ses 2 compagnons d'infortune lui doivent, sans doute, la vie. Il saura éviter les maisons et se cacher sur la route qu'ils ont choisie. le matin suivant l'aviation a commencé à mitrailler toute la zone où, selon des suppositions de l'ennemi, se trouvaient les expéditionnaires survivants. La même chose s'est produite le 7. Pendant tout ce temps nous sommes restés cachés, essayant de nous déplacer le moins possible pour éviter d'être repérés. Au matin du 8 décembre, les mitraillages ayant cessé, nous décidons de sortir de notre cachette et de gagner les montagnes, ou pour le moins de marcher dans sa direction. Nous apercevons une maison de paysans et l'évitons par mesure de précaution. Il commençait à faire nuit quand nous sommes arrivés, exténués et affamés, au bord d'une falaise qui dominait la mer. Nous réussissons à attraper quelques crabes que nous avons mangés crus et passons la nuit couchés sur un rocher. Le 9 nous reprenons la marche, orientés par le soleil, et avançons avec de grandes précautions à travers les champs de cannes ou à couvert des arbres. A la tombée de la nuit nous arrivons, nous le saurons plus tard, à Boca del Toro, près de la rive ouest de la rivière, où nous attendons le lever du jour. Nous sommes arrivés au pont d'Ojo del Toro, où Ñico López sera tué, le 10. Après avoir traversé la rivière nous commençons à monter en direction de Nuevo Mundo. Nous nous sommes arrêtés, le temps de prendre de l'eau dans la rivière, et c'est au moment de la reprise de notre marche que les soldats ont ouvert le feu sur l'endroit précis que nous venions de quitter. Disparus dans la végétation nous parvenons, la nuit tombée, à l'entrepôt Luis Cedeño qui nous a donné des gâteaux et de la goyave en conserve. Nous montons ensuite la Colline du Mort, Loma del Muerto, et pénétrons dans la propriété de José Labrada. Le paysan Carlos Más, qui occupait la maison, s'est chargé de nous mettre en contact avec Guillermo García, le 11 décembre. Guillermo nous a emmenées à la cabane de Perucho Carrillo à Palmarito. Pendant notre séjour dans la maison de Carrillo, nous rencontrons brièvement quatre compagnons du groupe de José Smiths : Donne, Huau, Cueles et Moya. Nous y sommes restées caché jusqu'à que l'armée relâche un peu ses recherches, le 14 décembre. Ce jour là nous reprenons notre progression par Purial de Vicana, sans savoir si le chef de la Révolution était parvenu à rejoindre Mongo Pérez. En arrivant aux Mines de Manacal, le paysan Félix Fonseca nous a conduits jusqu'à sa maison de Manacal, où se trouve Guillermo García et Cresencio Pérez avec qui nous continuons jusqu'à la maison de Mariano Piña, à El Cilantro, après avoir pu manger quelques biscuits et de la goyave trempés dans du café. C'est là que nous avons apprit que Fidel était vivant. Nous avons bruyamment manifesté notre joie malgré la proximité de l'armée. Dès l'aube du 23 décembre, après avoir reçu un message de Fidel, Calixto Morales est parti à cheval avec Cresencio, vers Purial de Vicana. Le jour même Calixto Morales parvient à rejoindre Fidel à Cinco Palmas. Calixto García et Carlos Bermúdez, blessé lors du débarquement, ne sont pas encore à Los Negros. Comme j'étais très mal et ne pouvait presque pas marcher, Calixto García est resté avec moi dans l'attente de nouveaux ordres. Le 27 décembre, les instructions nécessaires reçues, Calixto et moi, rejoignons quelques compagnons sur la colline de Los Negros. C'est de là que je serais clandestinement transféré à La Havane, étant donné mon mauvais état physique. Bermúdez souligne qu'à ce moment là, 20, seulement, des 81 hommes de Fidel le reverront. Avec les nouveaux incorporés, la guérilla ne totalise que 27 hommes.
Bermúdez, Guajiró, est transféré à La Havane. Il s'y réfugie dans la clandestinité. Guajiró doit retrouver Faustino Pérez et lui dire que Fidel lui transmettra ses ordres dès que possible. On sait, aujourd'hui, que Pérez recevra ses ordres de Castro par l'intermédiaire du journaliste américain Herbert Matthews. Carlos participe à l'organisation de la grève d'avril 1958 et bien d'autres actions jusqu'au début 1959. J'ai été autorisé à aller à la maison de Mongo Pérez et de là, par Quique Escalona et Geña Verdecia, à Manzanillo. Je suis arrivé à La Havane, par Santa Clara et Matanzas, toujours soutenu et aidé par différents compagnons. Ma tâche était de prendre contact avec Faustino avec un message de Fidel et de l'aider dans ce qu'il jugerait utile.
Au triomphe de la révolution, après avoir été opéré de sa hanche toujours très douloureuse, il est appelé par le Che, au Département d'Industrialisation de l'INRA, à collaborer avec lui à la nationalisation du pétrole. Arrivé au Mexique je n'avais pas dépassé le 4ème ou 5ème niveau primaire. Calixto Morales me donnait des cours pendant notre temps libre. Le Che s'en souvenait et, peut-être aussi, de m'avoir placé en état d'arrestation un jour où j'avais préféré faire l'école buissonnière. Au départ du Che pour le Congo, Carlos Bermúdez sera affecté, à Cienfuegos, à une brigade d'industrie d'engrais créée par Fidel, avant d'être rappelé à La Havane à diriger, 23 ans, l'usine Perdurit, leader dans le secteur de la construction cubaine. Il vit une retraite active, entre ses trois enfants et 4 petits enfants, comme conseiller du groupe industriel Perdurit.
Carlos Bermúdez, un homme simple et modeste, membre fondateur du Parti Communiste cubain, est tout ému, aujourd'hui encore, d'avoir côtoyé Fidel, le Che, Camilio et bien d'autres, parfois moins célèbres, qui ont écrit de grandes pages de l'histoire du XXème siècle. Au-dessus de lui, on peu lire, sur un grand diplôme soigneusement encadré : Carlos Bermúdez Rodriguez, un jour de l'année 1956, avec la promesse d'être libre ou martyr, tu nous as accompagnés dans l'épopée où est née l'Armée Rebelle. Avec fermeté, depuis cette journée héroïque, tu as combattu durant ces 45 années depuis la traversée victorieuse du yacht Granma. Félicitations, de nouvelles journées nous attendent. Commandant en chef Fidel Casto Ruz.

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Les 82 expéditionnaires du Granma                 Cuba