Luis Crespo Castro

Luis Crespo Castro est né le 25 août 1923 à Cárdenas, province de Matanzas. Il est employé dans une sucrerie de Matanzas, aujourd’hui Central Granma, quand sa conscience syndicale s'éveille. En 45 à 70 jours de zafra, il fallait gagner assez pour payer tout ce que tu mangeais pendant l’année. C’est pourquoi je me suis plongé dans la lutte. José Smith Comas, un ami de Cárdenas le fait entrer au Mouvement du 26 Juillet. Il y rencontre Ñico Lopez et Faustino Pérez. 1955, il prend sa décision : Après la zafra, je pars pour le Mexique.
Fin mai 1956, Luis débarque à Veracruz du Veracruz, un bateau espagnol. Impossible de l'oublier, soulignait, le toujours caustique, Crespo. Luis n'a jamais quitté Cuba et personne ne l'attend au Mexique. Au fond d'une poche, sur un petit bout de papier, il a l'adresse de Maria Antonia Gonzalez, à Mexico. Il rejoint la capitale à bord d’un camion. En pleine nuit, il se présente chez Maria Antonia à moitié endormie, Qu’est-ce que tu veux ? Luis Crespo lui répond : je viens de Cuba. Luis le répète à Raul Castro, il lui montre le bout de papier. Assieds-toi et attends. Au lever du jour. Raul revient et s'étonne, Tu es encore là ? Et où diable veux-tu que je sois ? Raoul appelle Smith et Crespo participe à son premier entraînement. A midi Fidel est arrivé et lui pose ses questions rituelles : pourquoi, qui, quoi ? Puis il m’a laissé et j’ai continué à m’entraîner. Je le faisais le matin, comme j’étais en retard par rapport aux autres j’ai demandé à Smith, qui était le chef, de me laisser m’entraîner aussi l’après-midi. Le grand Luis Crespo est très vite au niveau des autres, c'est naturellement une force de la nature. Crespo est pris par la police mexicaine, comme la majorité des révolutionnaires cubains. A leur sortie de prison, ils doivent se disperser et passer dans la clandestinité. Crespo et Smith se trouvent chez Hector Aldama, un soir Fidel et Ñico Lopez viennent les chercher. Luis doit rassembler plusieurs groupes et rejoindre Tuxpan. Personne ne sait pourquoi. La nuit est déjà tombée quand ils arrivent au lieu de rendez-vous, c'est l'embarquement immédiat sur un petit bateau en mauvais état, le Granma.
La traversée est difficile, le débarquement encore plus. Ils auraient du débarquer dans le village de Niquero, l’occuper et gagner la Sierra Maestra en camion. Rien ne se passe comme prévu et le Granma se retrouve échoué dans une mangrove que le guide ne connaît pas. Si les marais ne sont pas si redoutables, un des ennuis est que les racines de mangliers entravent sérieusement la marche. Luis Crespo sortira Carlos Bermudez, blessé en sautant du bateau, de cet enchevêtrement. Plusieurs compagnons craignent être sur un îlot, j’ai grimpé à un arbre et j’ai vu des palmiers, la campagne. J’ai crié : continuons d’avancer, la terre n’est pas loin ! La marine et l’aviation de Batista ouvrent le feu sur les rebelles qui se mettent à couvert dans une fourmilière. Bien sûr quand les démangeaisons ont commencé, nous nous sommes à nouveau dispersés. Après l’affrontement d’Alegria de Pio, Luis se retrouve avec deux compagnons, dont Armando Mestre. Ils repèrent deux charbonniers sans parvenir à les contacter. En traversant une route très empoussiérée, marquée de nombreuses traces de camion, Crespo dessine quelques flèches pour signaler leur passage. Au détour d'un bouquet d'arbres, ils aperçoivent des vaches et se mettent à la recherche de la ferme, logiquement proche, à laquelle elles appartiennent. En effet elle est proche, en s'en approchant prudemment ils perçoivent des bruits de voix. C’est le groupe de Juan Manuel Marquez. En reprenant tous ensemble le chemin de la Sierra Maestra, ils remarquent des traces qui s’avèreront être celles du groupe de Fidel Castro. J’étais à Cinco Palmas mais mon nom ne figure pas sur la liste, assure Luis Crespo.
Luis Crespo est toujours présent quand il s'agit de soulager ou aider un camarade qui n'a pas son impressionnante constitution physique. Il a souvent aidé le Che quand ils étaient dans la même escouade, l’asthme le faisait beaucoup souffrir et je l’ai aidé à porter ses affaires et à marcher. Luis Crespo est l'auteur de la première prise d'arme à l'armée de Batista, dès l'attaque de La Plata, à un moment où la moindre balle avait une valeur très importante.


Nous nous approché de la caserne emmenés par Chicho Osorio, un guide qui ne nous inspire qu'une confiance minimum et complètement ivre pour l'occasion. Il nous a expliqué que la seule garde établie était cantonnée à la cabane au milieu de l'entrée de la caserne en construction.
Dans le courant de la journée Luis Crespo a observé la caserne et était revenu avec un rapport très précis. Le point rouge du cigare de la garde entre les deux constructions principales, le confirmait. L'attaque a été soigneusement préparée avec les vingt-deux armes disponibles. Le nombre de balles est extrêmement limité, l'erreur absolument interdite. Un échec à La Plata laisserait les rebelles sans munition.
Le lieutenant Julito Díaz, qui tombera à Uvero, Camilo Cienfuegos, Benítez et Calixto Morales, avec des fusils semi-automatiques sont affecté à l'aile droite. Fidel, Univers Sánchez, Luis Crespo, Calixto García, Fajardo et le Che attaqueront au centre. Raúl, Almeida et leur groupe sont affecté à l'aile gauche. 02:40, la toute jeune Armée Rebelle lance sa première attaque. La résistance est bien plus consistante que prévu.
A chaque demande de rédition, un sergent répond par une longue rafale de M-1. Le Che et Luis Crespo jettent chacun leur vielle grenade, aucune n'explose. Raúl Castro jette des bâtons de dynamite, sans détonateur, sans plus d'effet. Il faut faire basculer le combat, Univers Sánchez essaye de mettre le feu à un bâtiment, au risque de sa vie, c'est raté. Camilo n'a pas plus de succès. C'est Luis Crespo, couvert par Guevara, qui parvient enfin à allumer un incendie. A cette lumière, il s'aperçoit que ce n'est qu'une réserve de noix de cocos cueillies dans la palmeraie voisine. Pourtant, intimidés, les soldats prennent la fuite. Camilo Cienfuegos vide le fond de son chargeur sur le sergent qui s'enfuyait en courant droit sur lui. Un soldat vient carrément se cogner contre le canon du fusil de Crespo qui le blesse à la poitrine et lui arrache son arme.
Les rebelles vont vite se replier dans la Sierra Maestra, surchargés de toutes les armes et de la munition qu'ils peuvent transporter. Le cours de la guerre vient de virer, la dynamique du succès a changé de camp. C’était cette fois ou plus jamais.

Puis c'est Arroyos del Infierno, Uvero, le puissant et courageux Luis Crespo monte vite en grade et sera un des premiers commandants de l'Armée Rebelle. Il est affecté à la colonne 1, José Martí, sous les ordres directes du commandant en chef, Fidel Castro, avec Celia Sanchez et Manolo, Piti Fajardo. Le 8 janvier 1959, il entre dans La Havane, au côté de Fidel, qu'il ne quittera plus.
Après la victoire militaire, Luis Crespo occupe de hautes responsabilités dans les FAR, aux ministères de l'Agriculture et de la Construction. Il travaille à l’Institut de la Réforme agraire, INRA, au département des machines, avant d'être affecté à la Section des Ouvrages maritimes au Ministère de la Construction.
Luis Crespo Castro décède le 21 août 2002, couvert de décorations. Il est enterré au panthéon des Forces Armées Révolutionnaires du cimetière de Colón. Tous ses amis sont là, encadrés, quand ils n'en font pas partie, par les plus hauts dignitaires civils et militaires.

Cárdenas La zafra à Cuba Port de Veracruz, Mexique Luis Crespo Castro au Mexique M 1 Musée de La Plata, Cuba, dans l'ancienne caserne de Batista Uvero, le bord de mer La Havane, janvier 1959 Luis Crespo Castro, 2001 Cimetière de Colón, La Havane



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