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Mario Chanes de Armas
Mario Chanes de Armas consacre une brève partie de son adolescence à l'affaiblissement du dernier gouvernement démocratique de Cuba.
Le Coup d'Etat de Batista du 10 mars 1952, la veille d'élections générales, interrompt abruptement le processus électoral.
Cuba est tombé sous un régime autoritaire qui deviendra rapidement tyrannique.
Mario Chanes de Armas est en contact avec de jeunes Cubains fermement décidés à agir afin de rétablir la constitution.
Cette opposition se cristallise autour d'un jeune avocat, calme et réfléchi, inégalable lorsqu'il s'agit de défendre la démocratie et les libertés dans de longs discours.
Il se retrouve parmi les membres fondateurs et les stratèges de la riposte armée au régime de Batista.
Castro se retrouve à la tête d'environ 160 rebelles qui attaquent les casernes de Moncada et de Carlos Manuel de Céspedes.
Le sens stratégique et le génie militaire font cruellement défaut, le solde de cette opération, première pierre de la révolution cubaine, est absolument catastrophique.
Plus de la moitié des assaillants sont capturés ou tués.
Chanes fait partie des 26 survivants capturés, jugés et condamnés à de lourdes peines.
Si Fidel Castro Ruz est condamné à 15 ans, Mario Chanes de Armas se voit infliger 10 ans de réclusion.
Ils sont tous envoyés à la Prison Modèle de Cuba, sur l'Ile des Pins, une prison ultra-moderne construite sur le modèle de Joliet en Illinois.
Fidel, en arrivant à Nouvelle Gerona, capitale d'Ile de Pins, fait de grandes déclarations aux journalistes.
Il souligne son engagement pour une presse libre, et non dominée par un régime totalitaire, pour Cuba.
(Aujourd'hui, Reporters sans Frontières ne classent que la Corée du Nord derrière Cuba sur ce plan)
Il insiste sur le fait que l'attaque des deux casernes du Sud de Cuba n'était motivée que par le désire d'un gouvernement réellement choisi et non une dictature.
La presse cubaine de l'époque et au centre d'une intense campagne afin d'obtenir une amnistie pour les prisonniers politiques.
Elle est accordée 22 mois plus tard.
Quand Mario Chanes d'Armes foule le perron du Presidio Modèle de l'Ile des Pins, le 15 mai 1955, il ne sait pas qu'il va se retrouver derrière les barreaux dans quelques années.
Il sera emprisonné par celui qui l'embrasse de joie, Fidel Castro, et pour les mêmes convictions sur la démocratie et la liberté.
Juste un petit détail, sans importance, les sépare en ce jour de fête.
Chanes déclare aux journalistes présents : J'ai accepté la responsabilité de mes actes. Après tout, le sang a été versé.
Castro lui est déjà convaincu que l'histoire m'affranchira.
Afin de dissiper tout doute à ce sujet, il ne se gênera pas de la réécrire.
Ce jour là une photographie montre un groupe d'hommes, mené par Castro, devant la porte du bâtiment de l'administration de la prison.
Les bras sont hauts levés, sur la gauche de Fidel, un jeune homme au large sourire : Mario Chanes de Armas.
Sur les photos du 45ème anniversaire de la libération des assaillants de Moncada,
Fidel, Almeida, Raúl, et les autres sont tous là, euphoriques mains et chapeaux hauts levés dans de grands signes, tous sauf Mario.
Castro décide bien vite de, prudemment, quitter Cuba avec ses plus proches du Mouvement du 26 Juillet, mouvement de lutte urbaine clandestin qu'il vient de fonder, Chanas est parmi eux.
Fidel se replie au Mexique afin de préparer une invasion armée de Cuba qui sera soutenue par les cellules du M-26-7 justement.
Les jours de Batista à la tête du pays commencent à se décompter.
Le 25 novembre 1956, Castro, Chanes de Armas et 80 autres révolutionnaires, jugés comme les meilleures, embarquent sur le Granma pour débarquer sur la côte du Sud-est de Cuba.
Une fois de plus l'opération a été longuement préparée mais pour le moins approximativement.
Trois jours après un naufrage tardif au mauvais endroit, on sombre dans la débâcle totale.
Une poignée d'homme parvient à se retrancher dans la Sierra Maestre.
Chanes de Armas doit se rendre à La Havane, s'y cacher sous une fausse identité et se mettre à disposition de la cellule dirigeante du M-26.7.
Il est arrêté en octobre 1958, lors d'une opération de contrebande entre les îles de la Floride et Cuba où il devait convoyer un chargement de dynamite.
Le 1 janvier 1959, Mario Chanes de Armas apprend, dans l'obscurité de sa cellule, que le général Fulgencio Batista a quitté Cuba la nuit précédente.
C'est le bonheur : il pense qu'une nouvelle ère de démocratie s'ouvrait pour son pays.
Comment imaginer que moins de deux ans suffirons à lui prouver qu'il était bien difficile de se tromper aussi profondément ?
Il est très rapidement libéré et, le 8 janvier, il est de ceux qui crient et applaudissent, le plus fort, son ami Fidel Castro qui se pavane sur un Sherman américain dans les rues de La Havane.
Chanes de Armas rejette les offres de hautes fonctions officielles, c'est un homme simple qui aspire à des plaisirs simples.
Il préfère abandonner la politique pour aller travailler dans la brasserie de son père avec son frère, le vrai bonheur.
Nous avons eu ce que nous avons toujours voulu : un pays libre.
L'euphorie de la victoire retombe vite, très vite.
L'amour de la liberté, de la démocratie et des droits humains semblent s'éloigner, assez rapidement, des préoccupations centrales du pouvoir.
Le communisme prend une place croissante dans le nouveau régime.
A son avis, Fidel trahi le mouvement.
Il croit maintenant que la cause révolutionnaire pour laquelle il a combattu a été détournée.
Mario Chanes de Armas reste pourtant persuadé, aujourd'hui encore, que Castro n'est pas à l'origine du communisme.
Qu'il n'a pas eut le choix et n'a reçu l'aide dont il avait besoin que de l'Union soviétique.
Le souvenir des longues discussions des années 50 avec Castro et les autres conspirateurs lui restent très présents.
Nous nous réunissions une fois par semaine avec Castro pour la formation et des sessions tactiques.
Les discussions ont toujours été concentrées sur la démocratie.
En ces jours il n'était pas un communiste, il a adopté cette idéologie bien plus tard.
En février 1961, Mario Chanes de Armas épouse, Caridad.
Camilo Cienfuegos a disparu, Che Guevara est au sommet de son pouvoir, la presse est complètement muselée, la tension avec les Etats-Unis voisins est proche de son paroxysme, tout espoir de liberté et de démocratie est définitivement évaporé.
Il connaissait déjà des conspirateurs, cette fois contre Castro.
Un tireur d'élite, comme Chanes de Armas, était très recherché par tous les adversaires de Castro.
Pas le moindre plan sérieux n'était encore même esquissé.
En juillet il est arrêté et accusé de subversion.
J'étais innocent, il y avait des gens qui conspiraient à tuer Castro, il y en aura toujours et bien plus encore mais je n'étais pas impliqué.
Il est jugé comme contre-révolutionnaire et le 17 juillet 1961 il est condamné à trente ans de prison.
Cette fois pas le moindre coup de feu, encore moins une goutte de sang, même pas un geste équivoque, juste quelques grincements de dents et ce n'est pas 10, ni même les 15 de Castro, comme en 53, mais 30 ans de prison qui le sanctionne.
Pas la moindre ligne dans la presse cubaine pour sa défense, le suicidaire est rare, ceux qui l'étaient sont disparus depuis longtemps aux fonds des geôles, ceux qui l'étaient moins sous le soleil de Miami.
Quelques rares manifestations se dérouleront bien en la faveur de Chanas mais dans bien des années et sans le moindre succès.
Mario va visiter un nombre impressionnant de prisons cubaines, les historiques, les plus modernes, toutes de haute sécurité.
Après six mois de prison, il apprend que son épouse est enceinte et que son fils s'appellera Mario comme son père.
Chanes de Armas veut que sa femme l'oublie.
Il l'engage fermement à trouver un homme capable prendre soin de leur fils et lui interdit d'emmener le garçon lui rendre visite.
En prison il refuse d'accepter l'uniforme bleu des criminels de droit commun.
Il refuse le programme communiste de réadaptation.
Il est un des leaders du mouvement de ceux qui refusent de bouger, les plantados.
Mario Chantes de Armas est mis au secret où la tenue réglementaire n'est constituée que de sous-vêtements.
Chanes de Armas a été autorisé à assister à l'enterrement de son père en 1971 et de sa mère en 1979.
Quand son fils meurt, à l'âge de 22 ans en 1984, on ne l'autorise à assister à son inhumation que s'il abandonne ses résistances passives aux règles de la prison.
Il refuse d'y assister.
Le 17 juillet 1991, dans un petit matin brumeux, un homme passe la porte d'une prison cubaine.
Il est le recordman mondial de l'incarcération politique, il vient de passer 30 ans en prison, 3 ans de plus que Nelson Mandela, dont six ans au secret.
Pas le moindre journaliste, pas le moindre photographe comme à sa sortie de 2 ans dans les prisons de Batista.
La seule mention de sa libération dans les médias cubains n’est que quelques mots déclarant que la libération d'un contre-révolutionnaire n'était aucun en aucun cas un acte de pitié et qu'il avait simplement fait son temps.
Mario Chanes de Armas se remarie avec son ex-épouse.
Si la vie est difficile à Cuba pour le commun des mortels et ne l'est que plus pour un opposant politique.
En 1993 on leur permet de quitter Cuba pour rejoindre ses quatre soeurs à Miami.
Depuis le 21 juillet 1993, Chanes de Armas a la liberté de s'exprimer librement.
Depuis ce jour il évite toutes discussions politiques sur les droites et les maux de la révolution.
Mario Chanes de Armas offre toute son énergie aux prisonniers politiques de son contemporain Fidel Castro Ruz.
Il ne cultive, avec une grande philosophie, aucune amertume sur ses malheurs :
Je n'ai pas de sentiments de haine, ou de vengeance. La vengeance est pour des lâches.
Aujourd'hui la plupart de ses compatriotes de Cuba n'ont jamais entendu parler de Mario Chanes de Armas.
Ces actions au côté de Fidel Castro ne sont pas simplement oubliées mais littéralement effacées des pages de l'histoire cubaine.
Castro s'est assuré qu'aucun livre d'histoire n'en fasse mention, son visage a été carrément effacé des photos qui le montrait en compagnie de Fidel ou de quiconque ayant participé de près ou de loin au 55 dernières années d'histoire de Cuba.
Le 26 juillet 2003, au cinquantième anniversaire de l'attaque de la caserne de Moncada qui a lancé la révolution,
Chanes de Armas constate : C'est comme si je n'avais jamais existé.
L'expérience de Chanes de Armas est typique de la manière d'agir de Fidel Castro avec ses rivaux et ennemis politiques.
Le dictateur a choisi de ne pas établir un culte de la personnalité autour de lui.
Si il n'y a aucune statue, monument ou rue Castro à Cuba, Fidel a systématiquement fait effacer la moindre référence à ces contradicteurs avec un talent tout proche de la virtuosité.
A quelques exceptions notoires, Castro n'a pas physiquement éliminé ses ennemis.
Au lieu de cela il s'assure que plus personne n'en entendra parler.
Les organisations attachées à la défense des droits de l'homme affirment que Castro est allé bien plus loin que son prédécesseur, le dictateur Fulgencio Batista, au niveau de la répression de toute opposition politique.
Sous Batista, des prisonniers politiques étaient détenus en tant que tel, séparés des prisonniers de droit commun.
Après Moncada, Castro et ses rebelles ont même été détenus, ensemble, dans la plus moderne des prisons cubaines.
Les dissidents politiques d'aujourd'hui sont emprisonnés avec les criminels les plus violents de Cuba.
Il n'y aucune raison de penser que Fidel Castro montrera à ses prisonniers politiques une certaine magnanimité dont il a lui-même bénéficé il y a 50 ans, ou qu'il pourrait décréter une amnistie.
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