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Norberto Collado Abreu
Norberto Collado Abreu, originaire d'un petit port au sud de La Havane, a toujours gardé un oeil sur la mer.
Son père, officier non breveté, lui a enseigné les bases de la télégraphie et de l'infanterie.
Il ne quitte sa ville natale que le jour où il part se présenter à l'école navale de Mariel au nord de La Havane.
Norberto en est chassé d'un coup de pied par le caporal de garde.
Il n'abandonne pas et parvient à se présenter à un colonel qui le regardé hésitant.
L'urgence est de former des marins, il passe par-dessus la couleur de sa peau.
Norberto Collado est incorporé par un groupe d'officiers des Etats-Unis qui recherchent des marins à former comme techniciens sonar pour les chasseurs de submersibles de la marine cubaine, pendant la deuxième guerre mondiale.
Après trois mois de formation à l'école Mariel, il est affecté à un bateau de Casablanca, près de La Havane.
Les conseillers américains y travaillent avec les techniciens sonar potentiels.
La protection des bateaux chargés de marchandises à destination aux Etats-Unis et une priorité.
Les U-Boot chassent dans la mer des Caraïbes, les navires de transport cubains vers la Floride sont une cible de choix.
Le jour des épreuves auditives, 7 hommes sont choisis sur plus de 300 candidats.
Parmi ces 7 hommes, Norberto Collado, le jeune marin cubain noir qui se demande bien pourquoi il a été choisi, vu le climat fortement raciste, mais réalise son rêve d'enfant.
Il est immédiatement envoyé à Miami pour un perfectionnement, intensif et pointu, de cinq mois en tant que technicien sonar.
C'est là qu'il découvre pourquoi on l'avait choisi malgré sa couleur : il a qualités auditives que très peu d'humains possèdent, il peut entendre des sifflements que seule les chiens perçoivent.
Pendant la deuxième guerre mondiale, malgré le nombre de candidatures et la chasse qui leur est faites, 12 chasseurs de sous-marins seulement seront qualifiés à protéger les bateaux cubains.
Norberto Collado est affecté au CS-113.
Le 15 mai 1943, près de l'île Megano, au nord du centre de Cuba, il localise le U-176, qui a déjà 2 cargos cubains à son tableau de chasse.
Le requin d'acier est envoyé par le fond, mais Norberto Collado va en garder, à vie, des lésions auditives dues au bruit de l'impact.
De cette mission il gagnera la reconnaissance officielle du Congrès de l'administration Truman.
Les techniciens sonar sont rares, ils travaillent de longues heures toujours à bord de leur navire.
Après six mois sans permission, celle qu'il demande, épuisé, lui est refusée.
Alors que son bateau rend les honneurs au Président cubain Grau San Martín,
un petit officier de la marine cubaine hurle en direction du président qui pense qu'on l'avertissait d'une tentative d'assassinat.
Grau convoque l'officier qui lui demande directement cette permission qui l'obsède et qui lui est accordée pour sa santé.
A la démobilisation il reçoit la plus haute récompense de la marine cubaine avant de s'en retourner à ses origines : pilote de petit caboteur sur la côte méridionale de La Havane.
L'engagement révolutionnaire du capitaine Collado débutera peu après le coup d'Etat de Batista en 1952.
Au musée de la Révolution, 60 ans après, simple uniforme bleu et trois étoiles de capitaine de marine, Norberto Collado Abreu, un vieillard maigre et souriant à l'audition toujours vive, même diminuée,
le barreur du Granma, le yacht légendaire qui en décembre 1956 a convoyé Castro, le Che et ses compagnons d'armes de l'exile mexicain à Cuba pour entamer la guérilla contre le régime de Fulgencio Batiste.
Norberto Collado rapporte sa participation à l'expédition hautement risquée, d'une voix tranquille, comme une croisière en voilier dans les eaux des Caraïbes.
Je n'ai jamais aimé Batista ou les Américains. J'ai commencé à travailler pour la clandestinité avec José A. Fernández quand j'ai rejoint un groupe mené par Aureliano Sánchez Arango.
Quelques mois plus tard la police a trouvé une liste et m'a mis en prison sur l'Ile des Pins, la même année que Fidel et son mouvement qui ont attaqué la garnison de Moncada.
En prison, j'ai réalisé que j'avais mal choisi mon groupe. Il y avait quelques personnes très ambitieuses dans le mien ; elles divisaient sa puissance avant même de défaire Batista et ont eu des relations avec les gardes de Batista, que je n'ai pas aimées.
Quand le groupe de Fidel a été emprisonné, j'en étais séparé et ne pouvais avoir de contact avec eux.
Tous libérés avec l'amnistie, je ne les avais toujours pas rencontrés.
C'est par un ami du père de Jesús Montané, un des assaillants de Moncada, Héctor Aldama, que je me suis rapproché du Mouvement du 26 Juillet.
Un jour, j'étais en chemin pour rendre visite à ma petite amie, dans le district de Pogolotti, j'ai été pris par des policiers de Batista.
Ils m'ont torturé, accroché par les testicules et laissé sans connaissance dans un appartement de Marianao, à l'ouest de la capitale.
J'ai repris conscience à l'hôpital Calixto García.
Sous l'uniforme d'une infirmière, Concha Chada du mouvement du 26 Juillet, s'est occupée de moi.
Ils m'ont déplacé à la maison de l'athlète Alejandrina Herrera et en janvier 1956 j’en suis parti pour le Mexique.
Dès son arrivée au Mexique, il se rend directement à la maison de María Antonia à Mexico.
J'ai rencontré Fidel et ai commencé à ma préparation, sans savoir pour quel type de mission.
En secret, nous nous sommes entraînés au tir.
Quand Collado a vu pour la première fois le Granma sur le Tuxpan, il a pense qu'il embarquerait une vingtaine d'hommes.
J'ai aimé ce bateau, mais j'ai pensé que nous allions avoir un voyage terrible, dû à la surcharge.
Par ma formation j'ai été affecté en tant qu'homme de barre principal, avec Ramón Mejías, le Dominicain dit Pichirilo, pour me seconder.
Les cinq premiers jours ont été terribles, avec des creux de 5 à 6 mètres.
L'excès de poids nous a sans doute empêchés de couler, sans lui, la force des vagues nous aurait roulé et jeté à la mer.
Le septième jour, quelque chose s'est produite qui est toujours restée dans ma mémoire : Roberto Roque est passé par-dessus bord.
Les recherches ont immédiatement commencé. Beaucoup ont cru que vu l'état de la mer et le poids de ses vêtements, il s'était noyé.
Le retarder a compromis la mission, mais Fidel a précisé, que jamais il n'abandonnera un de ses camarades.
Après de gros effort, nous l'avons retrouvé dans l'obscurité.
Le barreur du Granma se rappelle l'atterrissage à Las Coloradas, le 2 décembre 1956.
Ils savent déjà que le soulèvement de Santiago De Cuba ne coïncide pas avec l'arrivée de l'expédition.
L'action est aussi déjà éventée depuis plusieurs jours.
Les Forces Aériennes et les gardes ruraux ont très vite attaqué les guérilleros et tué une majorité d'entre eux.
A l'issue du premier combat il ne seront plus qu'une poignée à reprendre le chemin de la Sierra Maestra, 3 semaines plus tard, autour de Castro et du Che.
Il ne reverra le Granma que quand il sera transférée à La Havane, le 7 janvier 1959.
C'est à lui, Norberto Collado Abreu, qu'est confiée la responsabilité de le garder et de le préserver.
Il a navigué autour de Cuba sur le Granma, jusqu'à ce qu'il ait trouvé sa dernière demeure permanente au musée de la révolution en 1976.
Bien des années ont passé, la révolution n'est déjà plus que de l'histoire pour beaucoup de visiteurs de Cuba, un programme d'excursions qu'offrent quelques agences de voyage.
Les touristes peuvent se rendre sur le lieu de l'échouage qui a bien changé, visiter la maison d'Ernest Hemingway ou chercher les quelques traces des débuts de la Révolution.
Une révolution qui n'est plus défendue, avec une certaine insistance, que par les organes officiels et ne se présente que par ses décevants résultats dans la vie quotidienne de ce pays communiste des Caraïbes.
Il en reste les difficultés alimentaires, les coupures de courant fréquentes, l'interdiction de l'accès à Internet.
Les automobiles Lada font partie du parc des véhicules à moteur le plus moderne dans les rues de La Havane, où continuent de circuler de vieux modèles de voitures américaines des années 50.
Le salaire moyen officiel arrive à une vingtaine de dollars mensuels.
Si quelques défenseurs des droits l'homme observent une certaine amélioration sur l'île, Amnistie Internationale a présenté un bilan moins euphorique dans son rapport sur la situation de Cuba pour l'année 2005.
Les dissidents et leurs parents continuent à être menacés et souffrent de répressions.
Logiquement, le gouvernement cubain s'échine à évoquer le passé glorieux.
Le Musée de la Révolution est installé depuis le milieu des années 70 dans l'ancien palais présidentiel où ont résidé les 21 Présidents cubains jusqu'à Batista.
Dans les parois de marbre de l'escalier du palais on peut encore voir des impacts de balles de la tentative d'étudiants révolutionnaires de tuer Batista en 1957.
50 hommes ont pris part l'assaut, 24 ont été abattus aux premiers échanges de tirs, 5 sont parvenu jusqu'à la salle des miroirs. Il se dit que juste derrière cette salle, Batista prenait tranquillement un café.
Les révolutionnaires ont lancé une grenade et tué deux gardes du corps raconte Galet Martínez, le petit guide aux grandes lunettes, ami de Norberto Collado Abreu.
Quand ils sont arrivés au bureau de Batista, celui-ci n'était plus là, et de visiter l'escalier secret découvert juste après le triomphe de la révolution.
Batista ne s'enfuira définitivement de Cuba qu'aux premières heures de 1959, vers la République dominicaine et plus tard en Espagne.
Son bureau a été utilisé par Fidel.
Au début de la révolution, toutes les lois ont été ici signées, on peut encore voir le bureau autour du quel se sont assis, ensemble, Fidel Castro et le Che, là a été signé le document qu'a accordé au Che, né en Argentine, la nationalité cubaine.
A quelques mètres distance se trouve la table autour de la quelle c'est réuni le Conseil des ministres pendant la Crise des Missiles, en octobre 1962.
Cuba attendait une attaque des Etats-Unis, on craignait la troisième guerre mondiale.
A La Havane on avait déjà commencé à creuser des tranchées quand les deux superpuissances, les Etats-Unis et l'Union soviétique, sont parvenues à un accord, sans en informer Fidel Castro.
L'humiliation est énorme et encore perceptible dans la voix des Cubains qui vous racontent leurs souvenirs plus que quadragénaires.
A l'étage supérieur du Musée de la Révolution il y a une figure de cire de Che Guevara, en uniforme de guérilla, dans la bruyère.
L'exposition rend hommage au chef partisan dans une forme de culte ingénu de la personnalité qui ferait rire n'importe quel conservateur de musée européen.
On voit le Che enfant, le Che étudiant, le Che à cheval ou le Che en manifestant.
Dans les vitrines : une casquette qui appartenait au Che, une de ses pipes, une chemise du commandant rebelle Camilo Cienfuegos, un intime du Che, et son fusil mitrailleur.
Il s'agit d'une collection presque à caractère personnel qui veut éviter toute base à un regard critique sur l'histoire cubaine elle-même.
Pour prononcer son discours devant les soldats de la Marine, Norberto Collado a délibérément choisi le Musée de la Révolution, puisqu'en y est aussi exposé le Granma.
Le yacht blanc est dans un bâtiment séparé, derrière une vitre et attentivement surveillé par des soldats qui ne perdent de vue aucun des visiteurs.
Un yacht comme symbole de la lutte par la libération de Cuba, une ironie de l'histoire à Cuba où la propriété privée d'un bateau est interdite.
Les objets exposés, à l'air libre, face au bâtiment qui loge le Granma a un aspect plus martial : deux petits containers de fabrication cubaine,
quelques tracteurs transformés en véhicules militaires avec lesquels Che Guevara a combattu les troupes de Batista.
On trouve aussi la Jeep de Fidel Castro avec Commandement Général peint sur la porte-passager.
Une des pièces la plus extravagante de l'exposition est un fragment d'un bombardier américain B-26 abattu par l'Armée cubaine.
A quelques mètres brûle la flamme éternelle pour les martyrs de la révolution, ces cubains qui ont perdu la vie dans la lutte armée contre Batista.
Les traces de la révolution peuvent être vues dans beaucoup d'autres lieux de La Havane.
A l'Université de La Havane, où sont inscrits 6'000 étudiants, par exemple.
Pendant la révolution il a eu de fréquentes des manifestations, beaucoup d'étudiants et beaucoup de professeurs faisaient partie de la résistance contre Batista.
Dans les tous débuts de la révolution, des étudiants ont transporté un container à l'université, il est toujours dans la cours l'emplacement même où il a été déposé à l'époque.
Sur le mûre du bâtiment principal il y a le panneau qui rappelle les sept victimes des bombardements qui ont précédé le débarquement sur la plage Girón, Baie des Cochons, en avril 1961.
Un des jeunes a écrit avant de mourir, avec son sang, Fidel, une copie de ce mot est exposée dans l'entrée de l'université.
Fidel Castro fêtera le 13 août 2006, ses 80 ans. Le commandant en chef a déjà survécu plus de trois décennies à son compagnon d'armes Ernesto Che Guevara.
A Cuba tout est pourtant encore comme si le Che vivait, il est présent partout à Cuba.
En province, comme dans la capitale, on peut voir son image caractéristique sur les pancartes de propagande,
sur les T-shirt, les couvertures de livres, les cartes postales, sourire énigmatique aux lèvres ou regard méditatif.
On ne peut pas manquer l'image du Che par Alberto Korda, exploitée tant par le gouvernement communiste comme par l'industrie.
Seule une minorité des touristes qui achètent un de ses articles à l'effigie Che s'intéressent un minimum à l'histoire du médecin argentin qui rêvait de l'homme nouveau et qui a combattu contre l'exploitation économique et la répression sans hésiter à, lui-même, à l'employer avec beaucoup de rigueur.
Le mythe survit mais en surface...
Pour Norberto Collardo Abréu, la révolution appartient déjà à un passé éloigné.
C'était une cause juste, peut-être, parce qu'elle a mit fin au racisme qui existait sous le régime de Bastista, seulement.
J'ai toujours voulu être militaire mais comme je suis noire, c'était impossible sous Batista.
Aujourd'hui, Collardo Abréu a des intérêts bien éloignés de la politique, comme le football par exemple.
Un de ses fils vit en Allemagne avec deux de ses petits-fils.
Le révolutionnaire est devenu un expert de la Bundesliga, la première division du football allemand.
Je collectionne les maillots des joueurs de football, avec un sourire.
S’il attend l'été avec impatience ce n'est pas pour les huitante ans de Fidel Castro, mais pour le Mondial de football en Allemagne.
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