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Opération InvasionOpération Invasion, août 1958 - janvier 1959
Joel Iglesias Leyva, officier du Che, auteur de De la Sierra Maestra à l'Escambray, c'est livré à une comparaison les ordres donnés à la colonne de son commandant avec ceux donnés à Camilo Cienfuegos, commandant de la colonne 2, Antonio Maceo :
A Las Mercedes, son campement, le Che organise sa colonne, sur la base des ordres que Fidel Castro donnera le 21 août en début de soirée, depuis la mi-août. La veille de la première date de départ fixée, le 23 août, l'avion de matériel prévu atterri. Le 24, Guevara réuni tous les hommes de la colonne 8 pour leur exposer la nouvelle mission. La rencontre est assez longue. Le Che insiste longuement sur le fait qu'ils vont évoluer au sein d'une population qui n'y est pas préparée, sur la tension qu'ils subiront sous la pression de l'action ennemie, la faim, la soif, le froid et les manques de tout type. Il est possible que seule la moitié de la colonne, peut-être moins, en réchappe, mais si cela arrivait, les hommes qui survivraient, même s'ils n'étaient que 20, 15 ou 10, quel que soit leur nombre, auraient la responsabilité de remplir cette mission qui nous est confiée par le Commandant en chef, car il en va de notre honneur. En effet, nous devons démontrer que la confiance qu'il a déposée en nous est justifiée en réalisant de manière exemplaire toutes les tâches. Le Che souligne le caractère volontaire de la participation à cette nouvelle mission pour les combattants sélectionnés. Il précise que ceux qui n'y prendraient pas part ne seraient pas considérés comme des lâches et qu'ils pouvaient, s'ils le désiraient, se faire incorporer à une colonne qui serait chargée d'une mission moins dangereuse. Il interrompt immédiatement les premiers volontaires : vous avez trois jours pour réfléchir et donner votre réponse à votre chef de peloton ou à moi directement. Selon Joel Iglesias, la quasi-totalité des membres de la colonne a répondu par l'affirmative, y compris ceux qui n'étaient pas présents à cette réunion. La cible des deux colonnes principales de l'Armée Rebelle, la province de Las Villas, une des six provinces du Cuba d'alors, fait 21'000 Km², sa population représente 1,3 millions des 6 millions de cubains. L'arrivée au centre du pays des colonnes Ciro Redondo et Antonio Maceo, en octobre 1958, complique singulièrement la situation de la dictature de Batista, essentiellement parce que ces guérilleros attaquent sans relâche les voies de communication. Les routes seront toutes coupées, peu à peu, de novembre à décembre. La route Trinidad-Sancti Spiritus, au centre de Cuba, est totalement bloquée par des forces de la colonne 8 et la route centrale, est sérieusement endommagée après la destruction du pont sur le Tuinicu. La ligne centrale de chemin de fer qui traverse toute l'île d'ouest en est, est coupée en divers points. Les routes qui conduisent d'ouest en est par le sud de la route centrale ont été coupées par les hommes du Second Front National de l'Escambray et celles qui se trouvent au nord de la route centrale, sont sous le contrôle de Camilo Cienfuegos. Cuba est coupée en deux et le soutient de la dictature à ses forces combattant dans l'est du pays ne peu plus passer que par voie maritime ou aérienne et est devenue par la-même précaire. Le 15 décembre, les ponts et les autres voies de communication sont toutes détruites. La défense par l'armée gouvernementale de ses points les plus avancés et de la route centrale sont devenus impossible. Le même jour, des troupes de la colonne 8 font sauter le pont de Falcon, la communication entre La Havane et les villes situées à l'est de Santa Clara, à 300 kilomètres de la capitale, est coupée. Une autre partie des hommes de Guevara lancent l'attaque contre Fomento qui tombera le 18. La campagne de Las VillasLes troupes du Directoire Révolutionnaire, ont passé un accord avec le Che et vont combattre avec lui jusqu'à la chute de Santa Clara. Le commandant Victor Bordon a reçu l'ordre de regrouper ses hommes du Mouvement 26 Juillet à Las Piñas, près de Güinia de Miranda, dans le massif de l'Escambray. Le 17 décembre 1958, ils passent sous les ordres de Che Guevara par leur intégration à la colonne 8, comme prévu dans l'ordre de mission du commandant en chef, Fidel Castro. Près de Yaguajay, le groupe du 26 Juillet et du Parti Socialiste Populaire dirigé par Félix Torres, vont appuyer Camilo. La prise de Yaguajay, au nord, est de la plus haute importance stratégique, même si l'histoire cubaine ne lui accorde pas le relief et l'écrin de légende de Santa Clara. La contribution militaire la plus concrète du Che à la révolution cubaine est, sans doute, ce petit exploit diplomatique d'avoir réussi à coordonner toutes les sensibilités, à ce moment là, le temps de faire pencher définitivement le cours de la guerre du côté de la Révolution. Il est parvenu à unir tous les groupes révolutionnaires à l'exception d'un seul, le Second front de l'Escambray. Les dissensions vont vite s'exacerber aux premiers jours de janvier et la répression remplacera, aussi vite, la diplomatie mais c'est une autre histoire. Sous les ordres du commandant Victor Bordon se trouve Israél Chavez qui était chef d'action et de sabotage du Mouvement 26 Juillet, au sein duquel il est entré en 1955, avant de rejoindre le maquis. Israél Chavez est resté un inconditionnel du commandant Guevara. L'arrivée du Che, a été une chose extraordinaire pour nous. Nous ne le connaissions pas, mais dès qu'il est arrivé et qu'il a commencé à parler avec nous, nous nous sommes rendu compte que ce n'était pas n'importe qui. Il suffisait que le Che parle pour qu'on se sente saisi par l'émotion, simplement parce que c'était lui, qu'on remplisse les missions qu'il assignait. Fidel a vu clair, il a envoyé l'homme idéal pour faire l'union, l'homme qui avait les idées bien claires sur ce qu'était un guérillero, sur la manière de se conduire. Nous n'avons jamais entendu qui que ce soit, et je crois qu'il n'y a jamais eu personne qui ait été opposé au fait d'avoir le Che pour chef parce qu'il était Argentin. Israél Chavez a été particulièrement ébloui par cette mission dont le Che s'est toujours investi : alphabétiser ses hommes dont la majeure partie était composée d'hommes de la campagne, des montagnes, qui n'avaient pas le moindre accès à l'éducation, encore moins à la culture. Dès son arrivée à la Cabaña, la forteresse prison la plus dur de l'ancien régime qui le sera aussi pour le nouveau, le Che mettra en place une équipe culturelle qui fera venir des artistes, organisera des programmes culturels, et mettra en place des écoles pour donner une instruction aux combattants. Je pense que l'exemple du Che, de son courage, son honnêteté et son sens des responsabilités, va vivre à jamais parce qu'il avait quelque chose de spécial : sa manière de parler, son critère de l'égalité qu'il ne pratiquait pas seulement en paroles mais en actes. Pour le Che, tous les hommes étaient égaux. Il a toujours lutté pour l'égalité, pour que chaque soldat ait ce dont il avait besoin, pour que personne n'ait plus que les autres. Au coeur même de la guérilla, il se conduisait ainsi : il n'y avait de privilèges pour personne, même pas pour lui. Celui qui essayait de lui en donner un, s'attirait des ennuis. Quand la personne qui vous commande est capable de faire ce qu'elle commande et bien plus encore, vous vous sentez bien. C'est pourquoi nous nous sentions bien. Tous les guérilleros qui ont eu l'honneur d'être aux côtés du Che, sont heureux d'avoir été des soldats du Che car il commandait avec la force de la raison, la vérité, la dignité. Comment commander au cours d'une guerre si l'on n'a pas de dignité, de courage, de détermination. Le Che avait un peu de tout cela. C'est pourquoi je pense, qu'il était capable de préparer une troupe afin qu'elle puisse remplir n'importe quelle mission. L'armée dirigée par le Che était une force disciplinée, composée de camarades qui l'aimaient, qui le respectaient car il se faisait aimer, respecter. C'était quelqu'un d'une grande valeur. La prise de Santa ClaraA l'aube du 28 décembre, l'offensive sur la capitale de la province de Las Villas, Santa Clara, arrive à son point culminant. Les guérillas unifiées, 300 hommes, sous le commandement du Che, engagent la bataille de Santa Clara. Ce point clef semble inexpugnable, Santa Clara est le siège de la caserne, Leoncio Vidal, la plus importante du centre du pays : l'escadron 31 est composé de 250 soldats d'élite, le régiment de la Garde rurale, dispose de 1'300 hommes, s'ajoutent encore, les 300 hommes voués à la défense du Quartier Général de la Police. Les unités de réserve des forces aériennes, utilisées à plein, font des ravages dans la population. Le Che est intervenu sur les ondes de la radio locale pour appeler la population à coopérer avec l'Armée Rebelle. Cette coopération sera déterminante ; la population dresse des barricades et gêne les manoeuvres des chars de l'armée en déplaçant les voitures stationnées au milieu des rues. Les rebelles sont tenu, très précisément, informés de chaque fait et geste des troupes gouvernementales, les cocktails molotov pleuvent. L'Université sert de QG, avec l'appui des professeurs et des étudiants. Le 29 décembre, on se bat dans tout Santa Clara. L'armée dispose d'un train blindé composé de 22 wagons et fort de 400 soldats fortement armés. Encerclé dans la ville, il se met à manoeuvrer pour se retirer, sans se douter que la voie ferrée ait été coupée. La locomotive et plusieurs wagons déraillent. Sous les ordres du Che en personne, l'action est décisive pour la prise de la ville, les rebelles l'attaquent au cocktail molotov. La chaleur à l'intérieur du convoi blindé devient vite insupportable, en quelques heures, les soldats se rendent avec tout leur arsenal. Le 1er janvier, Batista a quitté Cuba pendant la nuit, seule la caserne Leoncio Vidal reste aux mains de l'armée. Le commandant de la place essaye de négocier une trêve avec le Che. La réponse du commandant de la colonne 8, qui tient tout le reste de la ville est sèche : L'alternative est : reddition sans conditions ou feu, mais un feu véritable, sans aucune trêve. A midi trente, je donne l'ordre de reprendre l'attaque avec toutes nos forces ; nous prendrons la caserne coûte que coûte. Vous porterez la responsabilité du sang qui coulera. Le, pas toujours nuancé, commandant Che Guevara craint une intervention militaire du gouvernement des Etats-Unis à Cuba, ou prétend la craindre tout au moins, il en charge d'ores et déjà la responsabilité, si elle se produit, sur le commandant de la place, qui n'en demandait pas tant. Si cela se produit, votre crime sera plus grand, parce que vous appuierez un envahisseur étranger. Dans ce cas-là, il ne nous restera qu'à vous donner un pistolet afin que vous vous suicidiez, car, en connaissance de cause, vous seriez coupable de haute trahison. L'officier se réuni, une fois de plus, avec son état major qui décide d'accepter la reddition sans conditions au commandant rebelle. Santa Clara s'est finalement rendue assez facilement, pourtant il y sera commis des exactions qui ne manqueront pas de ternir la légende du Che... Le jour de la veillée solennelle, 18 octobre 1967, Fidel Castro ne manque pas d'évoquer la part prise par le Che dans la campagne de Las Villas et la chute de Santa Clara :
Le 1 janvier 1959, en accord avec l'ambassade des Etats-Unis, le général Cantillo prend la tête des forces armées et tente d'établir une junte militaire. Deux délégués du M 26-7 établissent un contact radio avec Cantillo sur ordre du Che, pour lui soumettre une offre de reddition. Celui-ci l'assimile à un ultimatum et prétend avoir pris la tête de l'armée selon des instructions précises de Fidel Castro. Le Che commence à s'énerver et prend contacte avec Fidel, il lui donne la nouvelle et son avis sur ce qu'il considère comme la trahison de Cantillo. Cantillo a permis à ce moment décisif que tous les grands responsables du gouvernement de Batista s'enfuient. Le Che est hors de lui, il considère l'initiative de Cantillo comme d'autant plus déplorable, que c'était un officier qui avait prit contact avec la guérilla et dans lequel tous avait confiance en tant que militaire d'honneur. Fidel refuse de le reconnaître et donne l'ordre de marcher sur La Havane. Le colonel Barquín, libéré de la prison de l'Ile des Pins, est nommé à la tête de l'armée. La Cité militaire de Columbia passe très vite sous contrôle de Camilo Cienfuegos et la forteresse de la Cabaña aux mains de la colonne 8. Fidel Castro va très vite devenir Premier Ministre du gouvernement provisoire. Contact radio entre le Che et CamiloChe Guevara : Camilo... Ici, le Che. Camilo Cienfuegos : Attention, colonne 8, attention colonne 8, ici la colonne 2 Antonio Maceo, colonne 2 Antonio Maceo, depuis le front nord de Las Villas, territoire libre de Cuba. Bon, Che, j'espère que tu as le micro à la main, comme moi... Allons, nous allons voir si tu es aussi bon speaker que bon commandant. Ne va pas dire que je fayotte, que je te flagorne. Tout ce que je veux savoir c'est si... Moi ici, je veux... Je pense liquider le problème que nous avons... Le petit problème que nous avons, je veux le liquider aujourd'hui même. J'ai donc besoin que tu me dises comment vont les choses là-bas, à l'émetteur, nous allons voir si nous nous comprenons, dis-moi si nous nous comprenons pour continuer à converser... à toi Guevara. Che Guevara : Attention, colonne 2, colonne 2, colonne 2, Camilo, ici le Che. Camilo, ici le Che. J'ai parfaitement compris, je suis un grand speaker. Ecoutes, ici nous avons une école, l'école Marconi de télégraphistes. Envoies-nous David Perez ici... De radio en général... Je t'entends parfaitement. Dis-moi rapidement le petit problème parce sinon vous allez vous retrouver embourbés dans cette histoire et ensuite, nous n'allons pas pouvoir nous comprendre. Parles rapidement, à toi, à toi... Camilo Cienfuegos : Attention, Che, attention Che, attention Che, bon, le problème que j'ai est d'en finir avec le problème dont a traité l'homme que je t'ai déjà envoyé deux fois, de laisser les choses en l'état comme si rien ne s'était passé, mais pour résoudre... Résoudre... Suivre les instructions... Les instructions... Les instructions que tu m'as donné avec l'homme que je t'ai envoyé... Avec l'homme que je t'ai envoyé deux jours de suite. Dis-moi si tu me comprends, si tu me comprends, si tu me comprends, si tu me comprends... A toi, Che. Che Guevara : Attention, colonne 2, colonne 2, Camilo, je te comprends parfaitement, ton disque est rayé, changes-le ! J'en ai référé, il faut diviser le problème parce qu'il y a un problème, je ne sais pas, je ne me souviens pas bien en ce moment, parmi les choses que nous avions dites, figure une petite avancée sur un point. Et il y avait cela, disons, si je t'ai écrit sur ce point, tu dois t'en souvenir. Supposons que ce point s'appelle Fideo, sur ce point, nous n'avons pas intérêt à avancer. Mais, d'autre part, tu sais que le problème se divise en deux, il se divise en deux parce qu'il faut savoir tout d'abord si tout ce... Si ce riz là était destiné à nos amis ou non, parce que, avec ces Messieurs là, nous avons passé ce vieil accord sur le fait que nous étions à la gare et donc, qu'ils allaient nous donner la moitié du riz et que nous allions emporter la moitié en territoire libre et l'autre moitié était pour eux. Et, pour nous, quelques quintaux sont bienvenus. Et donc, je veux savoir, si tu en as référé là-bas pour savoir si l'accord marche toujours. Et, s'il en est ainsi, alors, nous devons donc prendre la moitié des quintaux. Ensuite, il y a un autre problème : sur les autres quintaux, il faut prélever une petite dette car les jeunes ont consommé quelques quintaux et nous devons recouvrer cette dette. C'est l'occasion qu'ils nous les rendent, cela ne présente pas d'inconvénients car il y a suffisamment de quintaux et que cette nourriture ne leur plaît pas beaucoup, tu sais... Alors, on va voir si tu as compris...
Mimi, Zobeida RodriguezA son arrivée dans l'Escambray, dans le cadre de l'opération Invasion, le Che commence à unifier les forces qui combattaient dans la Sierra immédiatement. Le commandant Bordon se met tout de suite à disposition du Che et ses hommes deviennent membres de la Colonne 8, Ciro Redondo. Guevara les réunis au lieu-dit La Piñita, il leur fait part de sa vision de l'avenir, des moments difficiles qui les attendent, les bombardements, la faim. Il insiste sur le fait que chacun devra gagner son fusil. La colonne se met en marche, arrivée à Gavilanes, le Che sait qu'il y a une femme dans la troupe. Il convoque Israel Chavez et son épouse, Zobeida Rodriguez. Le Che est convaincu que les conditions ne sont pas réunies pour qu'une femme fasse partie de sa colonne. Zobeida, Mimi n'a aucune intention de s'en aller, elle est affectée à une cabane pompeusement dénommée infirmerie. Mimi commence à travailler avec Fernandez Mell et le Docteur La O, elle apprend à faire des piqûres, elle soigne les blessés, distribue les médicaments et ramasse des plantes pour faire des infusions. Zobeida Rodriguez prend part aux combats que le Che mêne avec les forces de Bordón, en tant qu'infirmière de Fernandez Mell. Tous les postes de la garde rurale des montagnes tombés, le Che commence à planifier la prise de Fomento. Mimi est laissée à 7 kilomètres de Fomento, à Piedra Gorda avec 5 hommes pour garder le matériel. Elle essaie de convaincre ses camarades : Pourquoi n'y allons nous pas pour essayer de gagner une arme ? Non, non, le Che est très à cheval sur la discipline, nous ne pouvons pas y aller. Nous allons rester ici pour garder les sacs, les marmites, les juments ? Moi, dans cette affaire, je vais gagner mon fusil, je ne veux pas être sans arme. Si vous voulez me suivre, suivez-moi. Sinon, restez-là. Le petit groupe se met en marche sur Fomento. Arrivé à la ville, Mimi est convaincue qu'ils doivent se séparer et partir chacun de leur côté. Si vous mouriez, manque de chance, mais si vous vous en sortez, vous allez obtenir votre fusil. Au revoir et bonne chance ! Et lorsque j'avance, je me retrouve près d'une maison située juste à côté de la caserne. Là se trouvait Hilario Machin et Juan Sabina, ils m'ont demandé ce que je faisais là. J'ai répondu : la même chose que vous, je vais essayer de gagner un fusil et je vais y arriver. Ils n'ont pas eu d'autre choix que de me laisser là. Certaines avionnettes lançaient des jambons pour les soldats encerclés dans la caserne. Ils visaient tellement mal que les jambons tombaient de notre côté et je rampais pour les attraper. Les hommes me disaient : attention, c'est une bombe. Je répondais : une bombe, ça explose, ça, c'est de la nourriture qu'ils sont en train de lancer aux casquitos ! J'ai ramassé 6 ou 7 jambons, j'ai commencé à couper des tranches en pensant qu'à la fin du combat, les hommes auraient terriblement faim. Le Che avait ordonné de viser les réservoirs d'eau, il n'y avait pas d'autres moyens pour qu'ils se rendent. Les coups de feu ont cessé, les soldats sortaient en déposant leurs armes sur la place devant la caserne où Mimi arrive au même moment que le Che et son état-major. Mais que faites-vous là ? Vous dîtes qu'il faut gagner son fusil, je suis venue gagner le mien. Vous êtes indisciplinée, vous n'en faîtes qu'à votre tête, je vous ai laissée avec les hommes ! Où sont les hommes ? S'ils n'ont pas été tués, ils doivent avoir gagné leur fusil. Le Che, furieux, fait pleurer Mimi avant de lui relever la tête. Tu as du courage à revendre, moitié d'orange, et elle a été la seule à recevoir un fusil. Mimi est devenue un soldat du Commandant Che Guevara, jamais en retard pour trouver des surnoms, souvent passablement alambiqués, aux gens à qui il accordait une certaine affection. Selon Mimi, le Che était très humain, surtout avec les enfants, il aimait les enfants. Un jour, après le triomphe de la Révolution, il apprend que depuis deux jours elle n'a plus été vue au Quartier général. Lorsqu'elle revient, les yeux gonflés de pleures, il lui demande ce qu'il se passe. J'ai très envie de voir mes enfants, cela fait très longtemps que nous sommes séparés. Après demain, c'est le Jour des Rois, je n'ai rien á leur apporter mais j'aimerais aller les voir. Le Che lui remet une enveloppe, si on veut vous faire un cadeau au magasin où vous allez, ne l'acceptez pas, payez tout intégralement, achetez les cadeaux pour vos enfants et pour leurs petits camarades du quartier. Demain, vous partez pour Santa Clara. Mimi reçoit deux jours de permission. Elle arrive à Manacas avec une voiture pleine à craquer de jouets, chez la mère de Chavez où sont sa fille et son fils. La belle-mère est chargée de distribuer les jouets aux enfants qui en avaient besoin. De retour à la Cabaña et elle se présente au bureau du commandant, lui transmettre les remerciements, les baisers de ses enfants. Dans un mois, ils seront ici, avec toi. Chavez et toi aurez un logement. Un mois après, les époux Chavez sont appelés dans le bureau du Che où ils reçoivent les clefs d'une maison. Le Che leur demande s'ils ont de quoi se meubler. Mimi lui explique que la police de Batista avait tout détruit. Ils reçoivent une lettre pour Fin de Siglo, un magasin, où elle achètera le principal, ce dont ils avaient le plus besoin. Plus de 40 ans après, une partie de ses meubles est toujours dans cette maison où vit encore Mimi qui s'appuie encore sur le Che, vivant à ses yeux, dans les moments difficiles. | ||||||||||
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