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Deux civilisations, très voisines, vont commencer à rayonner sensiblement à la même époque : les Hittites et les Minoens. Jamais elles ne s'affronteront sur un champ de bataille ; les Hittites régneront sur l'Asie Mineure, les Minoens sur la mer Egée.
Elles disparaîtront aussi mystérieusement et brutalement qu'elles sont nées à environ 200 ans d'intervalle.
Pour les Keftis des Egyptiens on ne connaîtra même peut-être jamais le nom que se donnaient eux-mêmes ; Minoen n'étant qu'une déclinaison d'un des rares noms, Minos, cité par les Grecs dans leurs mythes relatifs à la Crète.
Si le peuple minoen est toujours un peuple mystérieux qui excite la curiosité, il le doit principalement au demi-millénaire à venir.
Il le doit aussi à un détail étonnant : parmi tous les peuples lettrés civilisés du monde il est le seul qui semble n'avoir eu aucun sens de l'histoire.
Les noms et les dates leur furent tellement indifférents qu'ils ne consignèrent par écrit ni les uns ni les autres.
Ils resteront sans doute à jamais nimbés de mystères jusqu'au jour où peut-être on pourra arracher à l'épopée minoenne un seul homme authentique, héros ou roi, une figure de chair et de sang.
Aujourd'hui où même Minos ne serait que l'appellation du titre royal et non un roi, son architecte Dédale devenu un nom commun, on a l'impression d'avoir à faire à un peuple sans âme, désincarné, impersonnel. On ne peut décemment se contenter des images d'eux-mêmes qu'ils nous ont laissés par trop tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Quelque chose sonne faux, assez faux pour imaginer le pire. Des artistes aussi fins et ingénieux n'ont représenté que scènes bucoliques et primesautières.
Leur art est complètement détaché de la politique et de l'histoire que ce ne peut être que parti pris esthétique systématique.
La civilisation minoenne n'a jamais représenté des événements aussi futiles que le pillage d'une ville, le massacre des prisonniers, la remise d'un tribut, l'humiliation d'un vassal, le sacrifice d'un animal, d'un homme.
L'art de cette époque est tout de, et que de, douceur, de fête, de jeux, de danse, de sport. Etonnant pour une société bien loin de n'être qu'enfants insouciants. On est pourtant, sans le moindre doute, face à des hommes laborieux, prospères, des maîtres artisans, de redoutables commerçants, les meilleurs navigateurs de leur temps sur des mers qui savent se montrer redoutables, des guerriers puissants sans doute, sûrement implacables.
Deux thèses diamétralement opposées s'affrontent encore sur le thème de l'influence des minoens sur la mer Egée et la Grèce continentale : bienveillants commerçants ou implacables suzerains.
Les images laissées abondent vers les bienveillants et tout en douceur vus par des archéologues cultués, fins et débordants de rêves.
La raison, une certaine logique, on est au milieu de l'âge du bronze, font pencher vers de redoutables marins, d'impitoyables guerriers.
Et si ces doux autoportraits, cette apparente absence d'ambition personnelle et d'arrogance propres à tous les rois et roitelets que le monde ait connus n'était que le masque ultime de la réalité du peuple le plus froid, calculateur et implacable qui n'ait jamais sillonné les mers ? ← · →
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