Au delà du bastion nord du ksar d'Aït-Ben-Haddou, le désert dominé par les sommets de l'Atlas.
Les yeux perdus dans le lointain, on se prend, imperceptiblement, à imaginer le nuage de poussière soulevé par des cavaliers lancés au galop, leurs ombres noires découpées dans l'eau du mirage. Les fortifications en terre ocre attendent depuis des années de subir un dernier assaut des cavaliers du désert.
Aujourd'hui le dos de la tour avancée se courbe sous le poids des ans, s'arrondi sous les attaques du vent du sud. La fière forteresse souffre de l'oubli de sa gloire passée, lentement rongée par toutes ses luttes intestines autour de rêves mesquins.
Bien trop souvent les belles promesses lointaines s'évanouissent dans la chaleur du désert, juste avant d'être définitivement emportées par une tempête de sable. Celles qui parviennent à atteindre, tant bien que mal, Aït-Ben-Haddou sont bien trop rares et trop épuisées pour garantir la sauvegarde de ce bijou relégué aujourd'hui à accueillir des touristes en mal de dépaysement ou les lourdes caravanes de superproductions américaines en mal d'économies. Denis de Rougemont l'a écrit : La décadence d'une société commence quand l'homme se demande : Que va-t-il arriver ? au lieu de se demander : Que puis-je faire ?
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